POLAR

Par: (pas credité)


Un journal reparaît après qu’il eût déjà fait une apparition mort-née : "le journal du polar", mensuel consacré à la littérature policière.

Un "polar", c’est donc un "roman policier" ; abréviation familière, argotique mais sans vulgarité, et qui convient bien à ce genre littéraire friand lui-même de tous les argots.
"Je lis un polar" ; "je suis plongé dans mon polar…" On voit bien que c’est le genre qui prime, plus que l’auteur, plus que le titre… Le mot apparaît vers 1970, époque à laquelle le genre, déjà tout à fait développé, élargit notablement son public, et en même temps accède à une certaine légitimité dans les milieux de la critique littéraire : désormais, la littérature policière n’est plus pour tout le monde de la sous-littérature.

"Polar" a donc remplacé policier, abréviation de l’appellation complète : roman policier. Les amoureux du genre sont très jaloux des distinctions ; les romans policiers ne sont pas des romans d’espionnage (cousins proches). Le mot s’emploie plus volontiers pour désigner les romans "noirs", car n’en doutons pas, le genre du roman policier a ses sous-catégories. Ce qu’on appelle roman "noir" fait essentiellement référence à des romans américains, au déroulement factuel, à l’intrigue violente, au style elliptique. (Chandler, Hammett, Horace McCoy, Ross McDonald, etc.).

Solitude et sous-entendus sont ses deux mamelles et ses ambiances ont été assez bien traduites au cinéma, dans ce qu’on appelle les films "noirs" (Bogart & co). L’existence même de la "Série Noire", la plus prestigieuse des collections de romans policiers, a beaucoup fait pour asseoir la notoriété de l’adjectif dans cette acception, et le nom de la collection a d’ailleurs été imité ("carré noir", "souris noire", etc.). Attention ! Les catégories ne sont pas immuables, pas plus que leurs dénominations, et par exemple l’expression "roman noir" apparaît en français en 1816, dans un contexte tout à fait différent, pour évoquer les balbutiements des romans à faire peur, futurs romans gothiques et spécialité anglaise.

Le roman "policier", même si l’Amérique lui a ouvert les portes d’une patrie accueillante, est dit-on né en France avec Emile Gaboriau, vers 1870. Mais on commence par l’appeler roman "judiciaire", expression totalement oubliée aujourd’hui, mais dont la logique est bien proche de l’expression roman "policier".

En Angleterre, ce style va émigrer et fleurir, de Conan Doyle à Agatha Christie, et prendre la forme de ce qu’on appelle le roman "à énigme", qui met en scène des héros qui sont l’opposé de ceux du roman "noir" : Hercule Poirot ou Miss Marple.




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