VILLE

Par: (pas credité)


Vélo "de ville", sac "de ville", maison "de ville"…
Trois expressions récentes qui prouvent bien que l'idée de ce qui est "de ville" est à la mode, et lié à une représentation positive de la vie moderne et urbaine, associée à une certaine idée de la réussite, ou du moins du bonheur de vivre aujourd'hui. C'est d'autant plus remarquable qu'une grande partie du vocabulaire qui tourne autour de cette notion urbaine est au contraire marquée de méfiance : quartiers et cités, par exemple, évoquent des zones lourdes, susceptibles d'être "difficiles". Elles évoquent facilement les exclus de la prospérité, alors que les expressions "de ville" évoqueraient plutôt les plaisirs qui en découlent.

Les maisons "de ville" sont des maisons particulières, denrées rares à Paris où le terme s'emploie. Alors évidemment, il ne s'agit pas d'hôtels particuliers, mais on est quand même dans une aisance bourgeoise manifeste.

Le vélo "de ville" donne une touche chic à cette tranquille monture, en même temps qu'il sert à nommer l'instrument d'une nouvelle pratique parisienne, et peut-être éphémère. Le vélo "de ville" n'est pas le vélo de route, ni le VTT ou le VTC, vélos tout terrain, ou tout chemin, autres inventions relativement récentes.

Le sac "de ville", je l'ai découvert par hasard, désigne un petit sac à dos où l'on peut ranger son barda pour la journée, à la mode aussi, pratique semble-t-il pour ceux qui roulent en patins, mais largement utilisé par d'autres. Mais on a, en tout cas, une image chic, jeune et dynamique. Bien entendu, on ne résistera pas au plaisir de comparer le sac "de ville" au "baise-en-ville", ancien, mais qui ne date que des années 30, et qui désigne un petit sac de voyage, tout juste suffisant pour contenir ce dont on a besoin pour passer une nuit hors de chez soi. La construction est évidemment plaisante et égrillarde, mais le mot, bizarrement n'est pas vulgaire. Il n'est pas vraiment fréquent, mais avec, on passe partout.

La précision "de ville", depuis longtemps atteste le souci de la correction et d'une certaine distinction : chaussures "de ville", tenue "de ville" s'opposent en premier lieu à une idée de décontraction informelle : chaussures de sport, tenue de sport… Mais ces termes s'opposent (ou se sont opposés : tout cela évoque des temps plutôt anciens, peut-être révolus) à une convention, une contrainte mondaine bien plus marquée. La tenue "de ville" n'est pas même la robe de cocktail.

Et encore auparavant, au XVIIème siècle, la ville (Paris, la bourgeoise) s'opposait à la Cour (Versailles, la royale). "Un sonnet divise la Cour/Un sonnet divise la ville".




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