RUE

Par: (pas credité)


On baptise, on débaptise, on rebaptise, de Buenos-Aires à Paris (avec même le projet d'une place Claude François pour rythmer le boulevard Exelmans). Les "rues" changent donc de nom… Bonne raison pour s'occuper d'elles.

La "rue" vient, en passant par le provençal, du latin ruga, la ride, qui évoque bien sûr comme un petit chemin.

Assez tôt en français, le mot va désigner une voie bordée de maisons. Il s'installe donc dans un contexte toponymique urbain, et s'oppose à la route. Et dès le Moyen âge, cette "rue", on la nomme, pour la reconnaître, la distinguer, l'identifier. Ce peut être très banal : "grande rue", ou "grand-rue" -et ces dénominations perdurent souvent en nous rappelant que grand fut unisexe. (Cf grand-mère). La "rue" est ainsi parfois affublée d'un adjectif qui précise une de ses caractéristiques physiques : "rue pavée", "rue obscure" (= couverte, par exemple à Villefranche-sur-Mer). On retrouve dans ces noms des traits d'ancien français, notamment l'utilisation de la préposition à ou au : "rue aux Ours"… et parfois c'est un élément particulier qui est souligné : "rue de l'Arbre Sec". Et le plus souvent, ça évoque l'activité humaine (corporation, boutiques…) : "rue des Ferblantiers", "rue des Vertus", etc.

Et ce n'est qu'à partir du XVIIème siècle qu'on a imaginé de nommer les "rues" dans un souci commémoratif : "rue Danton", "rue de Rivoli", "rue de l'Armée de l'Orient"… L'idée de la "rue" est riche et ancienne dans le monde des expressions françaises.

"Courir les rues" a changé de sens. C'était jadis être fou (cf battre la campagne : on rejoint l'idée d'errance). Aujourd'hui, cette même expression a une signification toute différente, elle signifie être commun, fréquent. Et elle est, la plupart du temps, utilisée à la négative : "ça ne court pas les rues" = ça ne se trouve pas sous le pied d'un cheval.

Autres expressions relativement anciennes : "vieux comme les rues" (sorti d'usage et charmant) = très vieux. Cf vieux comme le monde. Et ceux qui sont souvent dans la "rue" ont mauvaise réputation : peu contrôlables et difficiles à cadrer. Mais les locutions ne sont pas toujours absolument péjoratives : un "gamin des rues" a son franc-parler, est débrouillard, mais n'est pas nécessairement un voyou, bien que l'image soit semblable (voyou vient de voie).
Une "fille des rues" est une expression plus méprisante pour évoquer la putain : l'image maîtresse de la prostitution tourne autour du trottoir.
Quant à "être à la rue", c'est une expression bien plus neutre, qui signifie qu'on n'a pas, ou en général qu'on n'a plus de domicile ("je viens de vendre, je n'ai pas encore acheté… je suis à la rue").

On termine par "descendre dans la rue", expression politisée qui évoque une manifestation publique et des revendications fortement scandées.




Go à la page principale d'archives