PATRAQUE ET GRIPPE

Par: (pas credité)


Décembre fait blanchir les ciels et couler les nez. On n’est pas en forme, mal fichu, pas très bien, "patraque" en un mot qui, bien sûr, est familier (comme mal fichu) et médicalement très imprécis, avec une histoire sémantique à vous donner le tournis.

La "patracca" était une petite monnaie d’Italie du Nord, et le mot passe en français avec le sens de bibelot, vieille breloque. On ne sait pourquoi, il tourne à l’injure, à l’insulte qui stigmatise la piètre santé de celui ou celle qu’on veut insulter, et de fil en aiguille s’accroche à cette idée de faiblesse.

Si l’hiver est propice à ce genre de maux, c’est qu’il y fait froid : le temps y est pour quelque chose – et on retrouve l’idée dans nombre d’expressions : attraper froid, prendre froid, prendre un coup de froid… On parle aussi de refroidissement ; mais si ce terme n’est pas plus médical que les autres, il se veut moins familier, presque plus administratif (plus froid en tout cas).
Dans la langue familière, on exagère facilement : on peut donc attraper la crève, ou même la mort… sans pour autant que ce soit très grave.

Si la maladie est réelle, et virale, ce peut être une "grippe". Mais voilà encore un mot qu’on emploie à peu près à toutes les sauces pour désigner un mal vague. Pourtant, depuis que s’est répandu le vaccin contre la "grippe", on prend plus volontiers conscience du caractère authentique de cette maladie, et de sa gravité.

Le nom de ce mal a lui-même une longue histoire : "gripper" a le même sens au départ que son composé "agripper" : c’est saisir violemment et brusquement. La "grippe" a donc été d’abord l’humeur : être "grippé" de quelque chose, c’était en être entiché.. Puis le mot s’est spécialisé dans la mauvaise humeur, la colère qui vous saisit soudainement. De là l’expression "prendre quelqu’un en grippe", qui existe toujours. Et le mot a évolué jusqu’à renvoyer à cette maladie qui vous prend quand on ne l’attend pas.



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