PEAGE

Par: (pas credité)


Le "péage" de l’homme moderne occidental évoque ce ralentissement à la fin d’un tronçon d’autoroute, puis cet arrêt court devant une guérite où l’on paye le droit d’avoir utilisé l’autoroute. Un système de vignette collée sur le pare-brise, correspondant à un paiement par carte, pourrait faciliter les choses. Mais ce qui nous intéresse, c’est que ce mot de "péage" est toujours lié à une idée de paiement, et en conséquence, on croit souvent à tort que "péage" et "paiement" sont de même racine.

En fait, le "péage" correspond à un droit de "passage". Est-ce que "péage" est de la même famille que "passage" ? Non plus. En fait, "péage" vient de "pied", et le mot est très ancien (XIème siècle), et le "péage" semble littéralement être le droit de mettre le "pied" quelque part. Une dérivation logique a fait du mot un synonyme de taxe de passage, perçue pour emprunter un pont, une route, etc.

Ces "péages" étaient très fréquents sous l’ancien régime, et s’exprimaient à l’aide de toutes sortes de noms, que cite Furetière, lui-même cité par Rey : barrages (à l’entrée des bourgs), pontanages (pour passer les ponts), billettes, branchières (au passage de campagnes où on a mis pour signal un petit billot de bois attaché à une branche), coustume, droit établi, prévosté, menu droit casuel…

Si l’on veut être pointilleux, on ne confondra pas le "péage" et l’ "octroi", sorte de barrière douanière à l’entrée des villes ou des provinces – la coutume n’existe plus aujourd’hui, mais ces usages anciens perdurèrent longtemps après l’ancien régime : le douanier Rousseau était un employé d’ "octroi"…

Le verbe "octroyer" a un côté un peu condescendant : il signifie donner… dans son extrême générosité, accorder du haut de sa bienveillance. L’ "octroi" est donc la formalité (payante) qui donne le droit à vos marchandises d’entrer dans un certain lieu. Droit que les baladins payent souvent, dit-on, en monnaie de singe.

La douane n’en est qu’une autre forme – un mot que le français a emprunté au sicilien qui le tenait lui même du persan diwan : registre, salle de réunion.



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