MEURTRE ET ASSASSINAT

Par: (pas credité)


Lucien Léger, condamné en 1966 pour le meurtre du petit Luc Taron, a porté plainte contre un journaliste qui l’avait qualifié d’ "assassin"… Ça pose à l’évidence un problème linguistique, et on peut saisir cette occasion et se demander quelle est la différence entre "meurtrier" et "assassin".

Souvenons-nous d’abord que ce sont de très vieux mots, qui ont eu plusieurs emplois, et dont les sens techniques coexistent avec des sens plus courants.
Un emploi très tatillon voudrait qu’on n’employât "assassinat" lorsqu’il y a homicide volontaire, avec préméditation ; alors que pour "meurtre", la préméditation ne serait pas nécessaire. On pourrait même parfois parler de "meurtre" lorsqu’il n’y a pas d’intention délibérée. Mais pour l’un comme pour l’autre mot, il s’agit bien de la mort de quelqu’un.

Et pourtant "meurtre" ne dérive pas du mot "mort" – même les lointaines racines indo-européennes des deux mots renvoient aux mêmes racines.
Mais, "meurtrir" a pour premier sens (dès le XIIème siècle) tuer, commettre un "meurtre". Le sens du mot s’est bien affaibli, puisque aujourd’hui "meurtrir", c’est simplement faire mal. Mais le sens des mots "meurtre" et "meurtrier" sont restés liés à l’homicide.

Quant à l’ "assassin", une légende tenace en fait un haschischin, un mangeur de haschisch, et par là même un tueur fanatique à qui son maître peut tout demander. Il semble que le mot vienne bien du nom des bandes et des sectes shi’ite de Syrie, sans rapport d’ailleurs avec le haschisch. Ce rapport aurait été inventé et colporté faussement par leurs adversaires sunnites, alors que la racine voulait seulement dire "patrouille, gardien", à moins qu’il ne vienne d’un verbe qui signifiait mettre en pièces. Toujours est-il que l’ "assassin" n’avait pas très bonne presse, et qu’il est toujours mal vu.




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