ATELIER

Par: (pas credité)


Une exposition intitulée « Ateliers » s’ouvre au musée de la vie romantique à Paris. Et, en effet, ce mot d’ « atelier » est à sa place dans un musée. Il évoque le lieu de travail d’un artiste, notamment d’un peintre ou d’un sculpteur. Mais, ce n’est pas le premier sens du mot : revenons donc en arrière.

Le mot – et il est impossible de le deviner – dérive d’attelle, et d’estelle, mots qui signifient copeau, petit morceau de bois, en ancien français. C’est d’ailleurs cette attelle qui va donner l’attelle qu’on connaît encore aujourd’hui en médecine, cette languette de bois qui permet de maintenir droit provisoirement un membre cassé, dans la position la plus propre à sa guérison (pendant que l’os se ressoude par exemple).

Mais, au départ, astelle, ou attelle, ou estelle, etc. appartient davantage au lexique du menuisier qu’à celui du rebouteux : c’est un éclat de bois, un simple copeau. L’ « atelier » n’est donc au départ rien d’autre qu’un tas de bois, puis l’endroit où l’on peut en trouver : le lieu de travail d’un charron, d’un tonnelier, d’un menuisier, puis de n’importe quel artisan.

D’un côté, le mot va continuer à faire partie du vocabulaire de la production ; c’est un lieu de fabrication, qui peut être grand et collectif : « ateliers » nationaux en 1848. Et avec la Révolution industrielle, le mot ne va pas disparaître, puisqu’il désigne encore aujourd’hui tout un secteur au sein d’une usine : l’ « atelier » peinture à Flins…

Petit retour en arrière : vers le XVIe siècle, le mot va s’employer à propos d’artisanat, d’art, comme on dirait aujourd’hui. En tout cas, Rey le relève sous la plume de Bernard Palissy, dont on sait qu’il brûlait ses meubles pour chauffer ses fours. Les attelles étaient donc de luxe. Et dans le langage des artistes, et aussi de la critique d’art, l’ « atelier » finira par renvoyer non seulement au lieu de travail du peintre, mais à un lieu collectif, sous l’autorité d’un maître, et par extension, presque à une école. En particulier, lorsqu’on parle de la peinture italienne (ou flamande) : Telle œuvre est de l’ « atelier » de Michel-Ange, c’est-à-dire faite par l’un, ou plusieurs de ses élèves, avec éventuellement des conseils, voire un coup de main du maître. C’est cette connotation collective d’entraide et de convivialité qui permet de comprendre les emplois qu’on peut en faire aujourd’hui, dans le milieu scolaire, en particulier : un « atelier » est un genre de séance de travaux pratiques, en petits groupes. De même que dans un colloque, après les grand messes des séances plénières, on peut se retrouver en « ateliers », pour plancher sur tel ou tel sujet précis.




Go à la page principale d'archives