REMANIEMENT

Par: (pas credité)


Martine Aubry part à Lille. Il s’ensuit toute une partie de chaises musicales et de déplacements latéraux qui secouent l’appareil gouvernemental : si Martine Aubry s’en va, une autre ministre la remplace. Qui prend la place de cette autre ministre ? Une troisième personne, déjà au gouvernement, auquel cas cette dernière place, devenue vacante devra elle aussi être pourvue, et ainsi de suite, jusqu’à ce que le moindre lampiste gouvernemental ait fait son petit pas en avant. C’est ce qu’on appelle les chaises musicales, alias chaises américaines, avec ce petit piment prévu dans le jeu par le fait qu’il y a toujours un joueur de plus que de chaises. Donc il y en a un, au final, qui ne peut pas s’asseoir, et qui est éliminé.

Ce n’est pas forcément le cas dans un « remaniement », et c’est bien ce dernier mot qu’on entend le plus souvent aujourd’hui.
Mot assez savant, presque officiel, qui appartient à un lexique surveillé : un « remaniement » est un changement mesuré, dans un ensemble qui, bien que transformé, conserve son identité. Le gouvernement est « remanié », mais ce n’est pas vraiment un autre gouvernement. On « remanie » une équipe – gouvernementale ou pas – on « remanie » aussi un texte. Et là, c’est la même chose : un texte « remanié » est modifié, parfois profondément, mais c’est le même texte. D’un état à l’autre, un roman, par exemple, peut être « remanié » par son auteur.
Le mot n’est donc pas si fréquent, et on vient d’avoir là ses deux utilisations principales : un texte ou une équipe.

Le mot est ancien, et « se remanier » a signifié en ancien français se comporter.
Mais, il est évident que le verbe dérive de main. « Remanier » est un avatar de « manier ».

« Manier », c’est d’abord toucher avec la main, palper, souvent pour évaluer : on « maniait » ainsi une étoffe pour en apprécier la qualité. L’étoffe en est moelleuse, comme dit Tartuffe à Elmire, dont il feint d’admirer la robe.
Le mot a changé de sens, abandonnant la caresse, au profit du savoir-faire. « Manier », c’est avoir bien en main, savoir utiliser. Ce qui explique que le substantif dérivé, « maniement » renvoie à l’aisance avec laquelle on se sert de quelque chose : le « maniement » d’une machine, d’une arme, d’une voiture. Je m’initie au « maniement » du traitement de texte. Et « maniable » désigne la qualité de légèreté pratique d’un outil ou d’un instrument : un aspirateur, un tracteur…

Attention, « manier » n’est pas si loin de « manipuler ». Mais « manipuler » a facilement mauvaise presse – comme manigancer : on glisse facilement dans le vocabulaire du tripotage, de la maîtrise louche, voire illicite. Et si l’on manipule quelqu’un, c’est qu’on le téléguide, qu’on l’amène à agir, à se comporter, ou à penser de telle ou telle manière, sans qu’il se rende compte qu’il est instrumentalisé, utilisé…




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