METTRE AU BAN, EXCLURE

Par: (pas credité)


La contrebande nous a fait penser à « ban ». Et voilà qu’on n’avait pas le temps d’expliquer ce mot, ou à peine. Rattrapons-nous aujourd’hui durant quelques secondes : le « ban » a d’abord été un commandement ou une proclamation dont la non-observation entraînait une peine. Ainsi, comprend-on qu’en français, le mot (germanique) se soit spécialisé dans le sens d’exil, l’un des châtiments envisageables pour le coupable. Et c’est de là que viennent en français des mots comme « banni », « bannir », « bannissement ». Mais attention, les choses ne sont pas simples : « bannir » a une histoire étymologique extrêmement complexe et a, en ancien français, deux sens principaux et différents : proclamer et expulser. Le paradoxe réside dans le fait que les deux séries de sens sont très différentes, voire opposées.

« Bannir » a voulu dire « proclamer par ban », (encore maintenant, on peut penser aux « bans » du mariage) et par extension, convoquer. On convoquait, en particulier, la noblesse, de là la locution figée, encore en usage actuellement, convoquer le « ban » et l’ « arrière-ban » ( = tout le monde, jusqu’au plus modeste). C’était aussi convoquer une armée. Il s’agit donc de faire venir les gens à soi, pour un genre de mobilisation générale. Mais, c’est l’autre sens qui a fini par prévaloir : « bannir », c’est proclamer une exclusion, et donc chasser d’un territoire. Le « bannissement » a donc été une sanction juridique.

Aujourd’hui, l’expression « mettre au ban », même si elle est rare, existe encore. Mais, il ne s’agit plus d’une sanction pénale, et la condamnation est d’abord morale, bien qu’elle puisse avoir une conséquence très concrète. Quelqu’un peut être mis au « ban » de la société, du monde politique, si ses pratiques sont vraiment inacceptables, et que surtout, on les a rendues publiques. Un état peut être mis au « ban » des nations, en raison de sa politique ou de ses méthodes – et cette dernière expression est figée.

Il existe d’autres expressions figurées pour exprimer l’exclusion. La quarantaine, par exemple. Mettre en quarantaine, c’est isoler, refuser les contacts avec quelqu’un, et en argot scolaire : la quarantaine était une forme de rétorsion par rapport à un camarade, exclu par le silence qui l’entoure, jusqu’à ce qu’on lève cette quarantaine. L’origine de l’expression est médicale et désigne une période d’isolement (souvent 40 jours) destinée à éviter la propagation d’une épidémie. Ensuite, ayant émigré dans le lexique de la marine, la quarantaine a désigné une durée variable durant laquelle les navires venant d’un pays où sévissait une épidémie n’étaient pas admis dans un port, et devaient rester à un mouillage isolé.
L’image de la maladie contagieuse a fréquemment donné ce genre d’expression. Si vous avez l’impression que quelqu’un vous évite, refuse les contacts, vous lui direz facilement : « Alors quoi ! je suis lépreux ? je suis pestiféré ? »




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