DANDY

Par: (pas credité)


John Morgan est mort, John Morgan passed away… en juillet 2000. Le dernier peut-être des grands « dandys ». Lui qui, des années durant, a perpétué la tradition d’une élégance bien anglaise, et qui a tenu dans le Times la chronique des bonnes manières. Ce fantôme du XIXème a vécu et voilà qu’on vend aux enchères sa garde-robe ! Toujours est-il que « dandy » correspond bien au personnage, anglais et élégant. Avait-il un rapport avec cette Lady Morgan qui fut l’une des premières à populariser le terme à partir de 1817 ? Peu de chance… mais le terme est l’un des plus célèbres parmi les anglicismes qui ont profité de la vogue anglaise dix-neuviémiste pour s’imposer en français.

Le mot vient d’Irlande et a d’abord désigné des jeunes gens élégants, excentriques et tapageurs. Puis, il est adopté par la société londonienne, avec un sens beaucoup plus urbain et pince-sans-rire : il commence à représenter les qualités légendairement britanniques : distinction, humour, quant à soi, flegme… Beau Brummell, qui faisait porter ses habits neufs par son butler pour qu’ils prennent le pli du négligé artistique qui convenait, en est l’une des plus belles illustrations (il a donné son nom au département de prêt-à-porter d’un grand magasin français). Le mot passe en français vers 1820-1830, et le « dandysme » devient une affaire parisienne, laissant d’ailleurs sa marque sur l’histoire de la littérature : Gautier est précurseur, Baudelaire, Villiers de l’Isle Adam ne sont pas étrangers à la chose. A l’élégance vestimentaire, correspond un désir de se démarquer du vulgaire, et de placer au-dessus de tout une certaine idée du beau : l’esthétique aimerait supplanter l’éthique.

A la même époque (ou un peu plus tard, mais toujours au XIXème) arrivent en français, d’autres mots anglais, de sens voisin : « smart », encore compris mais d’usage rare aujourd’hui : juste le bon cocktail pour qu’on puisse utiliser le mot pour en faire une marque commerciale, celle d’une petite voiture chic) ; « select », qui se comprend assez bien parce qu’il est de la même famille que toute une série de mots français (sélectif, etc.) ; « fashionable » a disparu, et il est resté marqué par l’époque où il est apparu (dans la traduction du Portrait de Dorian Gray, le héros est donné pour fashionable).

Mais, le « dandysme », quelque soit son nom, est une tendance qui est apparue périodiquement dans la société française, et qui a laissé des mots pittoresques, souvent oubliés, toujours originaux, puisque l’originalité est la composante principale de ce snobisme. On citera, pour le plaisir, le cocodès et le gandin, le mirliflore et le muguet, le muscadin et le pommadin – ce dernier étant beaucoup plus ironique que les autres : le pommadin ne se donne pas pour pommadin.




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