PIANO

Par: (pas credité)


Cent ans de facture de «piano»… Ce n’est pas mal pour Yamaha, et on sait que cette entreprise, dont l’emblème est fait de trois diapasons croisés a été versée dans la musique avant de l’être dans les motos. Mais cent ans, c’est peu par rapport à l’âge du «piano» qui a dépassé les trois cents.

1698 : Bartolomeo Cristofori, génial padouan, fabrique le premier gravicembalo col «piano e forte». Magnifique amélioration du clavecin, qui remplace le sautereau, cette espèce de plume qui pince la corde, par un marteau qui la frappe, puis s’échappe, pour la laisser vibrer librement, avec un étouffoir qui arrête le son dès qu’on relâche la touche. Le «piano» mettra longtemps à s’imposer et à s’améliorer (Voltaire, 70 ans plus tard, le traite encore d’instrument de chaudronnier, à côté du clavecin), mais l’essentiel est inventé : ce nouvel instrument est dynamique, au contraire du clavecin : plus on frappe la corde avec force, plus elle sonne fort. On peut donc moduler le doux et le fort, le «piano» et le «forte».

Car c’est ça que veut dire «piano» : «doucement». Et le «piano» est donc l’abréviation de «piano forte». Aujourd’hui d’ailleurs, avec l’intérêt croissant pour les instruments anciens, on appelle «piano forte» les instruments qui datent du XVIIIème siècle (ou début XIXème) et qui ont un son très particulier : moins puissant que le «piano» moderne, plus aigrelet, avec un son bien plus court…

L’ancienneté du mot, le fait aussi qu’il vienne d’un adverbe et non, au départ, d’un adjectif, fait qu’on élimine radicalement la possibilité d’un pluriel prétendu à l’italienne : un «piano», des piani. Ce sera des «pianos».

Ce mot de «piano» s’est peu exporté en dehors du monde musical. Il l’a fait néanmoins avec la cuisine : le «piano» est le plan de travail du cuisinier dans un restaurant (attention ! pas chez soi ! il faut que l’ensemble soit suffisamment grand pour mériter cette appellation).

Par contre «pianoter», qui peut signifier jouer du «piano» sans conviction, ou en amateur, s’utilise beaucoup pour les claviers d’ordinateur. Avec cette idée qu’on s’amuse, qu’on surfe, qu’on navigue… Si on se contente d’écrire un texte, on ne «pianote» pas : on ne «pianotait» pas sur les machines à écrire.



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