CHARBONNIER

Par: (pas credité)


Malgré ses allures un peu rudes, le «charbonnier» vient d’une illustre famille, dérive de carbo (le résultat d’une combustion), et compte dans sa parentèle aussi bien le carburateur que l’hydrocarbure. On pourrait croire que la vie n’a pas toujours été tendre avec lui, que la dureté de son travail lui colle à la peau.

En effet, celui «qui fait ou vend du charbon» en porte la trace. Noir comme un «charbonnier» en est le signe, et l’expression s’applique souvent, par plaisanterie à celui qui a besoin d’un bon récurage. Mais réduire le mot à cette seule fonction serait bien réducteur.

Le «charbonnier» a été, par exemple, un soldat chargé de préparer de la poudre à canon (et donc d’abord de fabriquer le charbon de bois nécessaire à cette préparation). Un officier de marine habitué à braver le mauvais temps (moqueur et affectueux). Un renard au pelage foncé et au museau noir.

L’un des aspects pour lequel le «charbonnier» est le plus connu est sa foi. Naïve, qui ne s’interroge pas sur ses fondements, a-t-on dit bien souvent, et un peu vite. Mais surtout inébranlable, solide comme le roc, de celle qui déplace les montagnes.
Mais ce dont le «charbonnier» est peut-être le plus fier, c’est d’être maître chez soi. Et au-delà de l’affirmation, un peu machiste, il est vrai du pouvoir que le maître de maison a sur sa maisonnée quel que soit son statut social, ce dicton bonhomme trace la frontière de la sphère publique et de la privée : ce n’est pas seulement que l’humble travailleur trouve toujours quelqu’un chez lui à commander. C’est aussi que le regard d’autrui n’a pas à juger de ce qui ne le regarde pas, et qu’on n’a pas à se laisser tyranniser par la conformisme et le qu’en dira-t-on. C’est enfin l’affirmation d’un mur au-delà duquel le protocole se renverse : à l’extérieur je peux n’être qu’un pauvre «charbonnier». A l’intérieur, je suis le maître de maison, commandant le même respect que n’importe quel autre maître de maison. Pour illustrer le proverbe, se raconte une anecdote probablement inventée, mais révélatrice : François Ier ayant passé la porte d’une cabane de «charbonnier» se serait fait traiter de façon très libre et très cavalière par le maître des lieux qui ne l’avait pas deviné. Le roi, royal, ne lui en aurait pas tenu rigueur, et aurait prononcé la phrase historique.

Aurons-nous le temps de parler de la charbonnerie, cette société secrète née en Italie, qui essaima en France sous la Restauration ? On parle plus de l’Italienne que de la Française, et les carbonari sont restés dans l’histoire.



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