FACTEUR

Par: (pas credité)


Un concours de facteurs ? Quelle bonne idée lancée par la Poste ? Et qu’on voit bien que cette institution qui soigne admirablement sa communication, sait le poids des mots, et le charme utile de l’effet rétro. Sympathique mot français, ô combien français, qui pourrait presque représenter seul la francité de notre lexique.

Le facteur, dans l’usage commun, est donc celui qui distribue le courrier, qui apporte les lettres à leurs destinataires. Métier populaire donc, dans les deux sens du terme : petit métier, et métier aimé, avec tout un folklore : sacoche, képi, galoches ou bicyclette, attributs indissociables de la tournée du facteur. On signalera même, si l’on veut, la réputation de Don Juan d’occasion de ceux qui arrivent, seuls poussiéreux et goguenards dans des maisons désertées par un mari travailleur et des enfants à l’école, lorsque l’épouse s’ennuie. (Cf «c’est le fils du facteur… »). On nous dit que l’usage administratif aurait remplacé le mot facteur par celui de préposé, mais heureusement, l’usage commun n’a pas changé – d’autant que préposé est beaucoup moins précis : il y a des préposés derrière le guichet.

Le facteur donc, si simplement formé sur le latin factor, mot à mot celui qui fait, et qui, moins que personne, a l’air d’un faiseur. Le « facteur de lettres » se répand vers le milieu du XVIIIème siècle et depuis que le métier s’est un peu féminisé, on a accueilli sans réticence et sans chichi la factrice.

Le mot n’a pas toujours eu ce seul sens : le facteur est au Moyen-âge un intermédiaire commercial, qui vend pour le compte d’un marchand. Cet usage s’est totalement perdu, mais c’est de lui que dérive le terme facture : note à payer à la suite d’une transaction.

Le mot de facteur a également poursuivi une carrière plus proche de son sens étymologique : le facteur est un créateur, ou du moins un fabricant (et le mot a servi d’attribut pour la divinité, de même qu’il a renvoyé aux créateurs artistiques. Mais tout ça, c’est du passé.

Pas comme les facteurs d’orgues et de piano, encore très actifs. Le terme s’est, en effet, spécialisé pour nommer certains fabricants d’instruments de musique. Attention, pas tous : les cordes appartiennent au luthier. Mais pour les vents, et pour les instruments à clavier notamment, le mot s’est gardé. Et surtout pour les orgues, œuvres d’artisans-artistes très spécialisés. La tradition de l’étiquette signée à la main en latin (untel fecit) n’est peut-être pas pour rien dans le maintien du mot facteur.



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