ICONE

Par: (pas credité)


David Douillet est-il un «icone» ? C’est une question que se pose la presse en ce moment, et qui en profite pour la poser à ses lecteurs. David Douillet est connu, populaire, et il semble aujourd’hui être l’enfant chéri de la réussite : titré et souriant, il se défend d’être un modèle, mais pourrait bien le devenir malgré lui. Un «icone» ? C’est-à-dire peut-être une image bien éloignée de la personnalité de tout un chacun, qui brille, qui fait rêver, et qui représente une sorte d’image idéale, qui peut aider à s’orienter, et à laquelle on peut s’identifier… mais que peut-être on adore, qu’on révère un peu trop.

Le mot, en tout cas, est assez à la mode. Il est fréquent en informatique, pour désigner des genres de pictogrammes, de petits dessins qui représentent quelque chose, et qui donc ressemblent à ce qu’ils sont censés représenter. Et en cliquant dessus, on active la fonction qu’ils représentent.

Alors, allons droit au but : un «icone» ou une «icône» ? Le Robert 2000 distingue radicalement les deux mots, pour lesquels il donne deux entrées, et deux genres. Ce ne seraient plus que des homonymes. Et l’ «icone» moderne (le mot semble apparaître en français vers 1970) est d’abord un concept linguistique (Pierce), un signe qui entretient un rapport de ressemblance à ce qu’il désigne, avant de devenir un gadget informatique.

Mais un peu d’histoire ne nous fera pas de mal : d’où vient notre «icône» ? C’est un mot qui appartient surtout aux églises orientales. Dans les traditions byzantines, les «icônes» sont des peintures religieuses sur bois. Peintes avec des couleurs spéciales, souvent mélangées de jaune d’œuf, elles représentent des sujets très codés, assez statiques. Avec quand même, bien sûr, une histoire de la discipline : d’un pays à l’autre, d’une époque à l’autre, les «icônes» sont différentes – et le cinéma a rendu célèbre en Occident Andreï Roublev.

A partir de là, s’est forgé le mot «iconoclaste», littéralement, qui brise les «icônes». Historiquement, il s’agit de partisans des empereurs byzantins opposés à l’adoration des images saintes. Mais, en français moderne, on appelle «iconoclaste» celui qui méprise, raille ou veut détruire ce qui est unanimement respecté, une sorte de briseur d’idoles moderne. En particulier quand il s’agit d’une révérence dogmatique, jamais remise en cause (la faucille et le marteau du PC ? On est peut-être un peu trop près du sens littéral, mais l’exemple n’est pas si mauvais…

Pour comprendre tout ça, souvenons-nous qu’ «icône» dérive du grec eikon, l’image, ce qui explique une autre histoire dérivée, qui mène à «iconographie», «iconographe», etc. La racine «icône» (qu’on n’emploie pas seule, mais uniquement en composition), signifie illustration.



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