GAGA

Par: (pas credité)


La polémique est vive autour de Pinochet : gaga ou pas ? Un certificat médical, dont le degré de complaisance est délicat à évaluer, lui accorde une démence légère à moyenne. Est-ce assez pour le faire passer entre les mailles du filet judiciaire chilien ? La question est de savoir si son âge avancé (85 ans) est responsable d’une diminution de ses facultés physiques et surtout intellectuelles qui rendrait inappropriée sa traduction en justice : gaga ou pas ?

On ne manque pas en français, populaire ou relevé, de termes pour nommer ce genre d’état dont on se moque souvent. Le plus neutre semble être sénilité.
Sénile signifie, au départ, qui est propre au vieillard, sans connotation de diminution intellectuelle. Il reste de ce premier usage que les puristes considèrent l’expression vieillard sénile comme un pléonasme. De nos jours, la sénilité évoque une érosion des facultés mentales : perte de la mémoire immédiate, difficultés de concentration, bref, « un esprit qui bat la campagne », comme on disait autrefois – sans parler des problèmes de contrôle du corps (incontinence, etc).

Et cette conjonction des défaillances physiques et mentales se retrouve parfois dans le langage. Ainsi, on parle d’un vieux gâteux, avec redoublement à la manière du présumé langage enfantin : gaga ; en effet, les deux images se retrouvent : « il est retombé en enfance ». Mais, gâteux vient au départ de l’argot des hôpitaux (milieu XIXème siècle) : le gâteux est l’incontinent, celui qui gâte ses draps.

De même, on dit qu’ « il sucre les fraises », c’est-à-dire que sa main n’est plus sûre, qu’elle tremble. Généralisation à partir de l’observation des parkinsoniens ? Possible.

Enfin, les images de la tête qui ne remplit plus son office sont légion. Elles s’appliquent souvent, tous âges confondus, à ceux dont la raison chancelle : « il a une araignée dans le plafond », « un petit vélo dans la tête »… Mais, certaines images s’emploient plus volontiers pour les vieux : « il yoyote de la toiture », qui évoque une sympathique activité un peu désordonnée. Et l’image qui prime est parfois celle d’une perte de vigueur : « il est ramolli du ciboulot », « il a les neurones qui ont fondu ».



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