POLICHINELLE

Par: (pas credité)


Le nom est emprunté à la Commedia dell Arte italienne, et notre polichinelle francise à peine le Pulcinella napolitain : un personnage de farce, un paysan balourd, qui parle à tort et à travers, et à qui rien ne réussit.

Polichinelle arrive en France au début du XVIIème siècle, à la fin du règne de Henri IV, et à la fin de celui de Louis XIII il va être utilisé pour caricaturer les seigneurs batailleurs de la Fronde, et apparaîtra souvent dans les Mazarinades, les libelles satiriques et acérés dirigés contre Mazarin.

Au-delà de ces images, Polichinelle restera ce qu’il est : un personnage de farce, dont les traits vont se stabiliser sous la forme de la marionnette que l’on connaît : figurine de bois, bossue, aux jambes frêles, aux gros sabots, coiffé d’un tricorne à grelots : ridicule, pas si sympathique que ça, avec quelques attributs traditionnels de la niaiserie (les gros sabots) et de la folie (la coiffe), et par dessus le marché, une voix perçante et nasillarde. Dès le XVIIème siècle, le personnage représente donc quelqu’un de vantard et de ridicule, dont les opinions changent constamment – un peu comme la girouette. Cet histrion grotesque a dans notre imaginaire une place très proche du guignol, du gesticulateur qui fait le pitre (ce dernier mot étant très bizarre quant à son origine : il vient de piètre, le subalterne « qui va à pied »).

Quelques expressions françaises utilisent le polichinelle :
L’une d’entre elles est quasiment sortie d’usage : « mener une vie de polichinelle », c’est-à-dire une vie de bâton de chaise, dissolue, débauchée.
« Le secret de polichinelle » est encore bien vivant : il s’agit d’un faux secret, que tout le monde connaît, et que seuls les naïfs pensent bien gardé. Pourquoi ? Probable référence au côté bavard du personnage qui parle tout le temps, à tort et à travers, mais aussi qui a cette voix si caractéristique et déplaisante, mais qui porte : il ne peut rien murmurer, tout ce qu’il dit, tout le monde l’entend.
Et puis, « on a un polichinelle dans le tiroir », expression familière, et parfois méprisante pour dire d’une femme qu’elle est enceinte. L’image se croise peut-être avec celle du diable qui sort de sa boîte : on utilise l’expression pour parler d’une grossesse cachée, ou tout au moins qui n’est pas de notoriété publique, en tout cas qui ne se voit pas encore. Delà, l’attrait de la confidence, faite à mi-voix, comme si la grossesse allait se découvrir d’un coup, et créer la surprise : hop ! Quelques linguistes avides de sensation vous diront qu’on retrouve par là la première origine du mot, le nom de Pulcinella, ou Pollicenella provenant du latin pullicenus, poussin. Il s’agirait alors d’une évocation métaphorique de la poule qui couve son poussin.



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