BAISER

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 6 MARS 2001

L’exposition Rodin qui se donne à voir actuellement à Paris aurait pu nous suggérer de gloser le mot « penseur ». Mais, finalement, le « baiser » l’a emporté : belle sculpture de l’artiste, bel acte, beau symbole, beau mot, il a recueilli nos suffrages.

Ce « baiser » qui nous vient du basium bas-latin a dès le départ quelques échos érotiques.
Ce mot évoque, tour à tour, le respect, l’affection, l’amour, mais l’image du « baiser » amoureux semble l’emporter aujourd’hui. Ce qui a redynamisé des mots un peu enfantins comme bise ou bisou lorsqu’on insiste sur le caractère non amoureux du mot : ces dérivés chastes évitent l’équivoque.

Mais « baiser » est aussi un verbe.
Premier sens : donner un baiser. Par un euphémisme métonymique, le verbe s’est utilisé pour dire « faire l’amour ». Mais, cet euphémisme s’est renversé : au lieu de désigner avec délicatesse l’acte sexuel, il est devenu vulgaire, dans ce sens-là. Et par contrecoup, il a presque interdit qu’on l’utilise qu’on l’emploie dans son sens littéral, surtout depuis une trentaine d’années. Avant, encore… dans un contexte assez soutenu, on pouvait utiliser le mot sans craindre l’ambiguïté : « Il la baise au front… » Le mot « baisemain » ne prêtait nullement à rire.

Mais le verbe « baiser » a des sens vulgaires de plus en plus répandus.
On l’emploie à la forme transitive : « baiser » quelqu’un. Et le verbe ne renvoie plus à un acte réciproque. Il se double donc d’un rapport de force et s’emploie dans des contextes différents, en signifiant escroquer, avoir quelqu’un.
Autre glissement étonnant : au sens littéral, « baiser » a été supplanté par embrasser qui, au départ, ne signifie que « prendre entre ses bras ».



Go à la page principale d'archives