EXCEPTION

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 8 MARS 2001

Dans le cadre de la journée de la femme –traditionnellement le 8 mars– il sera beaucoup question du préservatif féminin, et du prix auquel il pourrait être commercialisé. Et il est demandé, pour qu’il puisse bénéficier d’un prix abordable, qu’une « exception » médicale soit accordée. Ce qui veut dire que ce prix pourrait être fixé sans tenir compte des contraintes commerciales ordinaires, en fonction de considérations supérieures.

Cette expression « exception médicale » est calquée sur une autre : l’ « exception culturelle ». L’expression est popularisée à l’automne 1993, alors que les négociations multilatérales du GATT prévoient une importante libéralisation des échanges de services (finances, télécommunications, transports, audiovisuel…). La France, et dans son sillage de nombreux pays de la Communauté européenne, va mettre en avant le fait que la culture n’est pas un produit comme un autre, libéralisable à merci. Pour préserver la création et la distribution culturelles d’un pays, et éviter une totale invasion culturelle venant d’autres pays, le commerce culturel peut être plus protégé (au sens plus ou moins du protectionnisme), et ainsi échapper à des règles commerciales acceptées, par ailleurs. C’est ce qu’on appelle l’ « exception culturelle ».

De toute façon, ce mot d’ « exception » apparaît, en français, dans le lexique du droit. Dès la fin du XIIIème siècle, le mot est utilisé lorsque l’on veut faire écarter une demande judiciaire sans réfuter le principe de droit sur lequel elle repose.
De façon générale, une « exception » est un cas à part qui se distingue de la norme, et plus encore de la règle.

Ainsi, doit-on bien comprendre le sens de la phrase courante « l’exception confirme la règle », très souvent mal interprétée. Dire que l’ « exception confirme la règle » n’est pas faire preuve d’un laxisme condamnable. C’est, au contraire, pointer que si un cas est considéré comme une « exception » (et non comme un cas « normal »), c’est qu’il existe une règle. L’existence d’une « exception » reconnue comme telle permet donc d’affirmer l’existence d’une règle. Il peut donc exister des règles sans « exception », mais pas d’ « exception » sans règle.

A noter, enfin, l’adjectif « exceptionnel », qui tire le sens vers le haut. Il a bien souvent le sens assez neutre de « qui échappe à l’ordinaire » : des circonstances « exceptionnelles », etc. Mais, quand il s’applique à un être humain, il est toujours positif. Et même bien souvent lorsqu’il qualifie une chose : un camembert « exceptionnel » avec un Hermitage « exceptionnel »…
Aura-t-on le temps de parler de l’adverbe « excepté », qui signifie sauf ? C’est peu probable…



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