TAUPE

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 9 MARS 2001

Une « taupe » à la DGSE ? Une taupe à la Maison-Blanche ? Titres possibles dans les journaux, qui font partie à la fois du jargon journalistique, politique et des romans d’espionnage. Enfin… le vocabulaire romanesque aurait plutôt emprunté cette expression à l’argot des relations internationales.

Une « taupe », c’est un espion infiltré dans un gouvernement ou un organisme de décision politique. Mais ces derniers temps, l’expression ne s’est jamais employée que pour des gens qui avaient un poste très important ou qui, du moins, avaient accès à des documents et des informations très importantes. Il s’agit donc de quelqu’un qui a des fonctions officielles, une identité et une visibilité professionnelles et sociales attestées durant des années, et qui clandestinement travaille pour une puissance étrangère. Non pas un espion parachuté, mais un espion installé, le plus souvent de la nationalité du gouvernement contre lequel il travaille (et pour lequel il feint de travailler).

L’origine n’est pas si récente : la « taupe » est un animal gris, myope et qui creuse des galeries, travaille en profondeur. Ce qui explique que, dans le jargon militaire, on ait donné ce sobriquet à certains soldats du génie, notamment ceux qui s’occupaient des mines, creusant des tunnels pour aller jusque sous les lignes ennemies : la « taupe » travaille par en dessous, se confondant avec la terre qu’elle fouaille. Le sens d’espion semble apparaître avec la guerre froide.

Il y a une autre image animale qui repose sur cette idée de clandestinité : celui qui travaille dans l’anonymat alors que, par ailleurs, il semble avoir une vie sociale ordinaire : c’est le « corbeau », c’est-à-dire celui qui envoie des lettres anonymes de dénonciation, d’injures, de menaces… tout est envisageable. Le mot a été infiniment popularisé avec l’affaire Grégory, le plus magnifique et le plus magnifié des faits divers de ces vingt dernières années, mais l’expression était bien connue précédemment, grâce -en particulier- à un film de Clouzot qui portait ce titre.

L’oiseau noir a toujours eu mauvaise réputation en Occident, depuis l’Antiquité. Et il a successivement désigné un oiseau de mauvais augure, un prêtre, un croque-mort, un escroc sans scrupule avant d’avoir la signification d’aujourd’hui. Mais, on se souvient que chez Chateaubriand, corbeaux et corneilles symbolisent déjà les piailleurs inutiles et maléfiques que l’auteur décrit méchamment au Couvent des Cordeliers.



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