SEISMES

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 12 MARS 2001

La terre tremble. Bien souvent. Alors on parle de « tremblement de terre », bien souvent, mais on voit tout de suite que cette expression n’a rien de scientifique. C’est le français de tout le monde, clair et bon enfant, mais peut-être un peu imprécis… Bof, pas tant que ça ; mais si l’on parle de « séisme », ça donne un reflet bien plus technique à votre discours. Pourtant, l’image de départ est rigoureusement la même : seiein, en grec, veut dire trembler, secouer.

Un « séisme » est donc une secousse. Mais pas n’importe laquelle : une secousse de l’écorce terrestre à partir d’un épicentre.

Le bruit a donc couru que « secousse sismique » était un pléonasme, vu qu’étymologiquement ça signifie secousse secouée. Pléonasme peut-être, mais pléonasme drôlement utile, dans la mesure où l’adjectif « sismique » ne s’applique qu’à ce genre de phénomène, alors que des secousses, on en a de toute obédience : celle qui s’attaque au prunier pour faire tomber les prunes, celle qui s’attaque à la salade pour lui ôter ses gouttes, au thermomètre pour le faire descendre, au shaker avant de servir le Manhattan…

Autre chose qui attise la curiosité du linguiste en goguette : la variation du radical : séism- ou sism- ? Le premier ne se retrouve couramment que dans le substantif « séisme », alors que sism- se voit dans « sismique », « sismographe », « sismologie » et même « sismothérapie » (une thérapie de choc dont on n’ose pas penser qu’elle serait bénéfique aux parkinsoniens ou à la tremblante du mouton). « Séismique » existe, me direz-vous ? Soit, mais qui l’emploie ?

Alors, on parle aussi de secousse « tellurique ». C’est assez chic. Et ça évoque une secousse énorme, qui provient du fin fond des entrailles de la terre. Un éternuement de Pluton, lui-même. Ce qui, en fait, est en contradiction avec l’étymologie de l’adjectif. « Tellurique » vient de tellus, le sol (et non pas le sous-sol). Et on a même parlé de fièvre « tellurique » pour désigner le paludisme, car on pensait que les germes de ce mal étaient contenus dans la terre.

Et comme ces semaines et ces mois derniers, on a beaucoup parlé de tremblements de terre, le vocabulaire spécialisé s’est un peu répandu.
On parle ainsi souvent dans les médias de « réplique », c’est-à-dire de secousse secondaire, faisant suite à une secousse principale. On parle également de ligne de fracture, de failles…

Mais surtout, on parle de l’ « échelle de Richter », sur laquelle il ne fait pas bon se tenir quand la terre tremble, surtout si l’on est trop haut. Et ce Charles-Francis Richter a donc créé une échelle de mesure qui sert à évaluer l’intensité du « séisme ». Mais, il serait trop simple de parler d’intensité, alors qu’il est tellement plus chic de parler de magnitude.




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