ZOO ET ZOOM

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 13 MARS 2001

« Zoo ou le jardin des délices »… Tout un programme. C’est le titre d’une création du Teatri del vento, chorégraphie, mise en scène et vidéo, par Gaetano Battezzato et Marina Blandini, et tout ça au théâtre de Montélimar. L’émission va-t-elle porter sur les régals de la décentralisation ? Nenni ma chère ! C’est bien plus le « zoo » qui nous intéresse.

On sait bien ce que c’est : un jardin d’acclimatation où l’on fait vivre en captivité des animaux qu’on ne trouve pas ordinairement dans nos contrées. Tout ça pour amuser l’œil du badaud tempéré en lui présentant un fragment supposé de vivant tropical. « Zoo » est donc l’abréviation de jardin « zoologique » ; l’expression complète, puis la formule abrégée s’installent dans le vocabulaire français dans la première partie du XXème siècle.

Mais, les mots « zoologiste », « zoologique », ainsi d’ailleurs que les rares « zoomorphisme » et « zoophyte » existaient depuis déjà longtemps dans le vocabulaire scientifique. « Zoon » étant le mot grec pour animal, la dérivation savante ne pose pas de problèmes.

Et la prononciation ? On a pu –on peut encore par coquetterie– prononcer les deux o : « zo-o ». Ordinairement, on n’en prononce qu’un, et le mot s’est francisé de cette façon, sans confusion avec la séquence anglophone oo qu’on prononce ou. Alain Rey signale bien une possible prononciation « zou », mais franchement, elle n’est pas en usage. Au point qu’elle ne s’est même pas étendue à la prononciation du titre anglais de la pièce anglaise d’Edward Albee : Zoo story.

Est-ce donc qu’on prononce « zoo » en une seule syllabe parce que le français répugne à la répétition du phonème o ? Dans un même mot, il semblerait. Cf Booz endormi de Hugo, qu’on prononce en une syllabe (et de toute façon, c’est un nom propre – mais Hugo l’a adoubé et lui a, de ce coup, donné comme une citoyenneté linguistique).
Pourtant, on trouve la séquence phonétique o-o dans plusieurs mots composés, ou qui résultent d’une composition. Notamment après le préfixe co-, qui provient du cum latin, et évoque un partage de fonction.

On trouve donc le cas avec tous les mots de la famille de « coopération » : « coopérant », « coopératif », etc. En général, on fait bien entendre les deux o. Parfois, il y a confusion des phonèmes et réduction à un seul o. Notamment dans le cas d’abrègements : la « cop » (pour la « coopérative ») ; la « copé » pour la « coopération ».
Pour « coordination », pas d’exception, me semble-t-il. Dans tous les cas de figure, on prononce les deux o.
Et moins les mots sont courants, plus cette double prononciation est respectée : co-organisation, co-occupant, etc.
Dans tous ces cas, pas de confusion avec le phonème anglais « ou », qui s’écrit « oo ». Phonème qui pourtant, vu l’influence de l’anglais sur notre langue, se retrouve assez couramment dans des anglicismes, mais qui sont clairement identifiés comme tels: on ne confondra jamais « zoo » et « zoom » (mouvement vers l’avant opéré par une caméra, pour se rapprocher d’un sujet, en le cadrant de façon plus serrée.)
Et de la même façon, on prononcera « ou » la séquence « oo » dans des cas comme living « room », « looping » ou « scoop ».
Avec, parfois même, un effet de contagion de la syllabe « ou » : le néologisme « cocooning » (« situation de quelqu’un qui recherche un confort douillet » ; c’est la définition du Larousse 2001) est souvent prononcé « coucouning ». Comme si on faisait le coucou.



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