VIADUC ET CRAPAUDUC

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 26 MARS 2001

On construit des « crapauducs ». C’est-à-dire qu’on aménage des itinéraires spéciaux pour que les crapauds puissent traverser les routes sans se faire écraser. Car, à la saison des amours, les crapauds sont saisis de compulsions irrésistibles, qui les poussent à traverser les routes, pour retrouver de l’autre côté l’âme sœur qui les y guette.

Le « crapauduc », c’est donc la voie qui conduit les crapauds, qui les achemine. Et le mot, bien sûr, néologisme fantaisiste, qui n’est destiné qu’à être compris de quelques dizaines de spécialistes, au courant du contexte, ne s’inscrira pas dans la mémoire de la langue.

Mais, si le mot a été construit sur le modèle de quelques autres, un petit coup d’œil circulaire ne sera pas de trop.
Commençons par « aqueduc », un ouvrage souterrain ou aérien, destiné à conduire de l’eau d’un point à un autre. Le mot, « aqueducte » en ancien français, est calqué sur une forme qui existait déjà en latin, « aquaeductus », littéralement conduite d’eau : ducere, c’est conduire, mener, et aqua c’est, bien sûr, l’eau. Les plus connus, les plus anciens enjambent des ravins ou des rivières sur des ponts à arcades, si bien que les « aqueducs » sont souvent assimilés à cette forme architecturale, alors que le mot a un sens nettement plus large.

Mais, c’est sûrement cette assimilation qui a suscité la création du mot « viaduc », puisque le « viaduc » se présente comme un pont à arcades. Mais, il s’agit d’une route, d’un accès pour piétons, chevaux, voitures, et surtout pour trains puisque le mot se répand avec les constructions de ces ouvrages d’art qui permettaient de faire passer des trains au-dessus de vallées.

Sur ces modèles, d’autres mots ont été construits : l’ « oléoduc » et le « gazoduc », qui convoient respectivement du pétrole et du gaz. « Oléoduc » a utilisé la syllabe –ole, empruntée à pétrole, et qui désigne l’huile (oleum)… mais c’est ainsi qu’on appelle le pétrole, quand on est dans le métier. Le mot date de la fin du XIXème, mais il a été remotivé dans les années 60, lorsqu’on a insisté pour qu’il fasse de son corps un rempart qui empêcherait le pipe-line d’envahir notre belle langue française. « Viaduc » était déjà un anglicisme (emprunté à l’anglais qui l’avait forgé sur les radicaux latins qu’on a signalés) mais le « viaduc » n’avait pas d’odeur anglaise. Alors que le pipe-line !… D’abord, il y avait une réelle hésitation quant à sa prononciation : pipe-line ou païpe-laïne ? Et « gazoduc » date de 1958.

On n’a rien oublié ? Comment ça, bolduc ! Bolduc vous-même !




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