PATRON

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 28 MARS 2001

C’en est fini du CNPF : le Centre national du patronat français faisait trop rétro ; enfin Pierre-Antoine vint. On parle bien davantage aujourd’hui des chefs d’entreprise, des dirigeants d’entreprise, et même le terme « patronat », pour désigner l’ensemble des chefs d’entreprise, se retrouve plutôt sous la plume ou dans la bouche de ceux qui n’en sont pas. Ça évoque le couple « patronat/travailleurs », et une idée ainsi qu’un vocabulaire de lutte de classes un peu à l’ancienne – du moins dans l’esprit des classes dirigeantes. En tout cas, ce n’est pas le vocabulaire que veut se donner l’entreprise moderne.

Il est vrai que « patron » n’est pas un titre, ni une fonction officielle. C’est plutôt un appellatif, ou une façon un peu familière de désigner une fonction de pouvoir. Elle date en gros de la deuxième moitié du XIXème siècle (épanouissement de la révolution industrielle), avec une origine familière et peut-être même ironique. C’était le mot des ouvriers pour désigner celui qu’on n’appelait plus maître, car les rapports économiques et sociaux avaient changé.

Ce mot de « patron » est encore utilisé, de façon non officielle, pour désigner certaines personnes, occupant certaines fonctions : de façon modeste, et héritée d’un temps assez lointain, le « patron-pêcheur » ; mais aussi les « patrons » ou grands « patrons », dans le monde médical, et les « patrons » de presse.
Le « patron » de thèse est différent : c’est le professeur qui parraine et dirige un étudiant qui fait sa thèse de doctorat.

Comme appellatif, le mot est encore très utilisé, en langue familière, pour s’adresser au propriétaire d’un café ou d’un restaurant. Et c’est le client qui parle comme ça (« Remettez-nous ça patron ! » Un monde à l’ancienne, déjà ?)

Et ça évoque tout un parler populaire, où la « patronne » équivaut à peu près à la bourgeoise, à la légitime, (« Bonjour à la patronne »), c’est-à-dire l’épouse toute petite bourgeoise (tout ça repris, par exemple, par le snobisme-bonne franquette des Verdurin).

Au départ, le mot « patron » vient du monde romain : le patronus dérive de pater, est de la même famille que patricien (= aristocrate) ; et ce patronus avait sous sa protection des plébéiens, ses « clients », qui en échange de cette protection apportait un soutien lors des luttes électorales.

En français, le mot passe dans le vocabulaire religieux. Le « patron » est le saint dont on a reçu le nom lors de son baptême. Et le « saint patron » a sous sa protection un pays, une ville (Sainte-Geneviève et Paris) ou une corporation (Sainte-Cécile, Saint-Christophe). On était donc sous le « patronage » d’un saint. De là, le sens actuel de ce dernier mot : un « patronage » était une association religieuse qui devait veiller à la santé morale et à l’éducation religieuse des enfants, notamment des orphelins. Et aujourd’hui, on parle de « patronage », de façon un rien ironique, à propos de spectacles amateurs, pleins de bonnes intentions, mais où on sent encore l’effort et la maladresse.



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