ROUTE

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 17 AVRIL 2001


La route est longue, la route est belle, la route est fleurie… Des routes, on en a de toutes les sortes, mais le mot lui-même est assez surprenant. Vrai mot français, dans la mesure où une érosion granuleuse et imprévue l’a grandement éloigné de son origine latine. Vrai mot français d’abord, même s’il vient du latin (le cas le plus ordinaire), il n’a aucun rapport de filiation avec le mot latin ordinaire pour dire la même chose : via a donné voie, mais pas route. Donc, rupture. Et origine surprenante. Ce nom vient d’un adjectif, et même d’un participe passé : route dérive de via rupta, expression qui désigne justement la voie romaine. Rupta signifie au départ rompue, brisée. C’est ainsi qu’il faut comprendre cette voie tracée délibérément, qui, comme une saignée, brise et cisaille le paysage.

Et le mot aujourd’hui a plus d’un sens :
- Concret, c’est la voie, et d’ailleurs une voie entretenue, et assez importante : ce n’est pas le chemin. Mais elle n’est pas exactement urbaine : ce n’est pas non plus la rue.
- Plus abstrait, la route indique le moyen de transport qu’elle supporte : voiture ou camion. Et elle s’oppose ainsi au rail, à la mer ou à l’air.
- Encore un pas vers l’abstraction, et la route désignera l’itinéraire : c’est la route à prendre, celle qu’il faut suivre. (Et chemin opère exactement le même glissement de sens ). A la négative, le mot s’emploie pour dire qu’on s’est perdu : on fait fausse route (on se fourvoie). Et l’expression s’utilise de façon bien plus métaphorique : vous faites fausse route = vous vous trompez.
- La route est enfin le plus souvent synonyme du voyage lui-même : « bonne route ! » c’est « bon voyage ! » Etre sur la route, c’est être en train, ne pas être encore arrivé. Ou également être en train d’effectuer un périple, un voyage à étapes : un chef d’état est sur la route, mais plus encore un comédien ou un musicien, pendant une tournée. Et « faire la route », dans le langage des hippies des années 70, c’était partir à l’aventure (cf. Kerouac).
- « On s’est mis en route », c’est « on est partis » et la mise en route représente d’ailleurs n’importe quel départ, n’importe quel démarrage : mise en route d’un travail, d’une machine, d’une équipe qui doit travailler ensemble : ce matin, la mise en route a été un peu difficile.



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