EAU

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 5 JUIN 2001

Festival de l’eau… C’est qu’aujourd’hui, on fait festival de tout bois ; et de toute eau…

Festival de l’eau pure ? Non ; de l’eau, simplement.
Mais cette expression « eau pure » serait-elle redondante ? Oui et non. Plutôt non d’ailleurs, mais parfois, cette idée d’eau implique celle de pureté : c’est l’une des images les plus fréquentes naturellement associées au mot.

Car l’eau, sans odeur, sans couleur et sans saveur (quoique ce dernier point serait largement à discuter) est l’image par excellence de la transparence, conséquemment de la pureté. Et la langue s’autorise même le saut qualitatif qui fait passer de la pureté à l’éclat. Est-ce l’image de la goutte d’eau, qui brille et qui fait loupe ? Toujours est-il que qu’on parle d’eau à propos des perles et des pierres précieuses. Les diamants sont certes transparents, mais les perles sont laiteuses, les émeraudes vertes, etc. La métaphore vagabonde donc à travers tout un arc-en-ciel.

Et elle sort même du domaine des parures de luxe pour infiltrer un vocabulaire courant. On parlera, de façon ironique d’un escroc de la plus belle eau (et cette expression est spécialement attestée). Signalée d’ailleurs par les dictionnaires. Parce que les escrocs peuvent être des trafiquants de faux diamants ? Peut-être.

Mais l’expression « de la même eau » peut être synonyme (souvent en mauvaise part, mais pas toujours), de « de même nature ».

On trouve d’autres exemples où l’eau est remarquable pour sa transparence :
« C’est clair comme de l’eau de roche » = c’est limpide, facile à comprendre, et même indéniable. L’expression s’emploie notamment pour des raisonnements, ou des vérités abstraites, qui demandent à être appréhendées intellectuellement. Et cette eau de roche désignait jadis les sources qui sourdaient de la terre.

L’eau est donc facilement associée à ce qui est simple et non falsifié. A ce qui est gratuit, aussi : « vivre d’amour et d’eau fraîche ». L’expression est reliée à la fois à l’amour, heureux, insouciant, évoquant souvent à la jeunesse, et au manque total d’argent, dont on se moque comme d’une guigne. L’eau fraîche est donc facilement évocatrice de ce jaillissement, de ce mépris du confort et des richesses. Attention : là encore, la formule est souvent prise à la négative, pour ramener l’interlocuteur au sens des réalités, âpres et moroses : « tu ne vas pas vivre toute ta vie d’amour et d’eau fraîche… »

Enfin, « compte là-dessus et bois de l’eau fraîche », avec sa familiarité directe et sa verdeur populaire, fait preuve d’une robuste ironie.



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