CAMOUFLET

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 7 JUIN 2001

Il semble que les camouflets que les Etats-Unis infligent à la Chine populaire soient, en ce moment, de plus en plus nombreux : réception du Dalaï-lama, visite du président taïwanais, etc. Mais, si l’on entend fréquemment ce mot de camouflet, on peut se demander ce qu’il signifie vraiment.

On comprend qu’il s’agit d’un affront, d’une vexation humiliante pour celui qui la subit. Et pour celui qui l’inflige, il s’agit d’un geste délibéré, provoquant et ostentatoire. Le camouflet n’a donc rien d’une gaffe.

Le mot est d’usage soutenu, littéraire même. Et il apparaît au XVIIème siècle, une époque où on ne badine pas avec l’honneur.
D’autant qu’à l’origine, le geste est franchement déplaisant : on soufflait dans un cornet de papier qu’on avait enflammé, et un gros panache de fumée allait suffoquer votre interlocuteur. Une blague de carnaval, notamment dans le nord de la France, dont la symbolique rappelle les fameux pieds de nez. D’ailleurs, au XVIème siècle, au lieu de camouflet, on parlait de nasarde : une chiquenaude sous le nez de quelqu’un, qui correspondait un peu au soufflet.

Parmi les synonymes de camouflet, on trouve aussi l’avanie, mot à l’histoire compliquée et intéressante : Au XVIème, on parlait de vanie, imposition infligée par les Turcs aux Chrétiens. Les Italiens en ont fait l’avania, qui est devenue avanie. Aujourd’hui, le mot signifie plutôt outrage qu’on a fait subir, outrage mortifiant.

Ce qui nous amène naturellement à la mortification, blessure d’amour-propre aujourd’hui, alors que jadis (et même encore de nos jours, dans un langage surveillé), la mortification est une pratique douloureuse et délibérée, une souffrance qu’on s’inflige à soi-même pour lutter contre son orgueil et être plus près de Dieu.



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