PARENTÉ AMBIGUË

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 4 JUILLET 2001

Les fameuses familles recomposées, réalité et concept très représentatifs de la sociologie contemporaine nous font nous interroger sur la façon de nommer les relations de parenté. Certaines sont ambiguës ; certaines manquent…

La plus célèbre, la plus courante concerne les mots précédés de l’adjectif « beau » ou « belle ».
La belle-mère est, en effet, soit la mère de votre conjoint, soit la nouvelle épouse de votre père – ambiguïté étrange, et en général peu partagée dans les autres langues.

- La belle-mère, mère du conjoint. Personnage traditionnellement un peu ridicule, et raillé, avec qui on est censé avoir des relations difficiles. Et pour cause : on lui a forcément « pris » son fils ou sa fille : on l’a dépossédée de la chair de sa chair. C’est la belle-doche, plaisant, vulgaire, mais sans ambiguïté. En général, la belle-doche est d’ailleurs , du point de vue du mari, la mère de sa femme.

- Le beau-père est plus falot. Les deux forment les beaux-parents, la belle-famille.

Retournons la situation, et prenons le point de vue de ces beaux-parents : ils peuvent avoir une belle-fille ou un beau-fils - mais ce vocable est très peu courant dans cet emploi. Ou alors, ils ont une bru ou un gendre. Pour ces deux derniers mots, aucune équivoque : ils n’ont qu’un seul sens.

Beau-frère et belle-sœur font également partie de la saga familiale, avec un destin spécialement navrant pour le beau-frère, balourd par excellence, devenu beauf et désignant alors, hors structure familiale, le français moyen, voire inférieur, dans ce qu’il a d’étroit et de borné.

La belle-mère, nouvelle épouse du père : redouble un autre mot, ancien, très péjoratif : marâtre. Le mot apparaît au Xème siècle, avec très vite une valeur péjorative en filigrane.
Parâtre et filiâtre n’ont pas survécu.
Au XVIème siècle, belle-mère apparaît, et par conséquent, l’aspect péjoratif de marâtre va s’accentuer. Le suffixe « âtre » ne l’aide pas (acariâtre, saumâtre… Et aujourd’hui, le mot a parfois le sens de mère dénaturée.
Dans un milieu polygame, bien sûr, le lexique sera différent, et on trouve co-épouse.

Dans les familles recomposées, on trouve de nombreux demi-frères et demi-sœurs. On notera qu’il n’y a pas de terme pour désigner le lien qui unit deux enfants vivant sous le même toit, dans une relation quasi-fraternelle, chacun étant enfant de l’un des conjoints, mais pas de l’autre.




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