CIRE

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 10 JUILLET 2001

La réouverture récente du musée Grévin ne nous laisse aucune échappatoire : aujourd’hui, pleins feux sur la cire, dût-elle en fondre d’émoi. On sait, en effet, que le musée Grévin expose des figurines de cire, grandeur naturelle, qui représentent les célébrités de ce monde, sous les traits qu’on leur prête (Vercingétorix) ou qu’on leur connaît (Loana ? un jour peut-être ?). De façon un peu caustique, un « musée de cire » peut désigner une assemblée de vieilles personnes : une réunion de famille chez ma tante ; une commission de travail au Sénat…

Mais la cire, alors… Le mot vient du latin cera, et désigne d’abord la cire naturelle, matière un peu grasse, produite par les abeilles, dont on a fait longtemps des bougies et qu’on a utilisée pour cacheter les lettres. On l’utilisait aussi, dans la première moitié du XXème siècle pour y graver les premiers enregistrements sonores. D’où l’expression (peu employée, il est vrai, sinon dans un jargon un peu spécialisé) vieille cire, pour dire vieil enregistrement, historique, et qui gratte : Caruso et Cie.

L’encaustique est une pâte qui sert à l’entretien ou à la peinture. Elle était faite, au départ, d’un mélange de cire fondue et d’essence de térébenthine. On l’a donc souvent nommée «cire».
Et de cet emploi, on a tiré le verbe cirer : nettoyer, frotter, faire briller avec de la cire. Et cette activité s’est d’abord appelée le cirage. Mais le mot de cirage a débordé ce premier emploi pour désigner bien vite une cire teintée, destinée notamment à l’entretien du cuir.

De là quelques expressions figurées : « être dans le cirage » : allusion au caractère pâteux et souvent noir du cirage = être à moitié endormi, n’avoir pas une conscience claire de ce qui se passe.
Le premier sens argotique était être ivre (glissement de l’expression être noir). L’image a, paraît-il, été utilisée par des aviateurs : « être dans le brouillard ». Aujourd’hui, elle signifie plutôt qu’on est mal réveillé, peu rapide d’esprit. Cf « être dans le coltar, dans le gaz », etc.

Autre expression : « cirer les pompes de quelqu’un ». L’image est parlante : la position semble servile, et singe une marque de respect hyperbolique : on nettoie ce qui chez l’autre est le plus sale. Ça veut dire, bien sûr, flatter obséquieusement, fayoter.

A l’inverse, « rien à cirer » signifie familièrement « je m’en moque ». Ne sous-estimons pas pour comprendre cette locution le croisement avec une autre image, plus sexuelle, du cirage/frottage : « rien à cirer » équivaut, en un peu moins cru, à « rien à foutre ».



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