DOPER, GONFLER, BOOSTER

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 12 JUILLET 2001

Le Tour de France retourne autour de la France. Et comme d’un fruit de saison, on reparle du dopage (même si c’est maintenant un fruit qu’on importe tout au long de l’année). Car, semble-t-il, des coureurs se dopent ou se sont dopés, c’est-à-dire ont absorbé des produits particuliers destinés à améliorer leurs performances.

Même si ce n’est pas la meilleure des causes, notons une victoire de la francisation : on parle de moins en moins de doping ; le mot dopage s’entend et se prononce de plus en plus fréquemment et naturellement, comme le mot courant, et non plus seulement par souci d’éviter l’anglicisme.

On remarquera aussi que le sens premier, le sens littéral du verbe doper est bien celui-là, en anglais comme en français : on dope un cheval ou un sportif.
Et la dope, en argot anglais, puis français, c’est la drogue – pas seulement d’ailleurs dans le but de réussir une épreuve : la drogue tout terrain.

Mais, ce sens propre a permis l’émergence d’un sens figuré : Dans un contexte psychologique : « les encouragements chaleureux de Germain l’avaient dopé : il est parti, bille en tête, prendre rendez-vous avec son patron ».
Mais, le mot a surtout le sens, plus quantitatif, d’augmenter : « cette campagne de publicité va doper les ventes ». « Cette nouvelle a dopé le marché ». On notera que l’image est spécialement utilisée dans les images économiques ou boursières.

A-t-on des synonymes contemporains de ce dernier usage de doper ? Oui !
Avec un anglicisme très jargonnant, on peut utiliser booster. Le verbe n’est pas d’un emploi extrêmement courant : il sent son anglais snob, et ne s’emploie que dans certains milieux accessibles à la néologie branchée. En anglais, to boost, to give a boost up… signifient surélever, rehausser, et bien vite propulser vers le haut. Et ces mots seront utilisés dans le langage astronautique lorsqu’un satellite, par exemple, est mis en orbite par une fusée porteuse.
En français, le mot évoque un coup d’accélérateur, un accroissement sensible, une montée en puissance de tel ou tel processus.

Mais il existe d’autres mots, argotiques ou jargonneux, mais d’origine plus française.
Gonfler, par exemple : « cette campagne de publicité a gonflé les ventes ». Cette phrase est possible ; mais le verbe gonfler n’a pas exactement le même écho que doper. En fait, il est souvent moins positif. Il sous-entend la plupart du temps qu’on a augmenté quelque chose qui n’était pas susceptible de l’être, qui n’était fait pour l’être : si on gonfle un moteur, la voiture va réellement plus vite. Mais, la durée de vie du moteur risque d’en pâtir : il n’était pas conçu pour un tel traitement.
Allons plus loin : si on gonfle des chiffres, cela signifie qu’on les truque, qu’on les exagère, qu’on les grossit mensongèrement.





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