AVEUGLEMENTS

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 13 JUILLET 2001

La conférence de l’ONU sur le sida s’est achevée par une déclaration étrange : un certain nombre de mots n’y figurent pas comme « homosexualité », « prostitution », « droit des hommes », « droit des femmes ». Un certain nombre de pays, en général, religieux islamistes, mais pas seulement, s’y sont opposés. Et ces absences s’expliquent en fonction des idéologies portées par certains pouvoirs. Si l’on veut voir dans le sida, non pas une maladie épidémique, mais un fléau venu de l’étranger, ou même le signe d’une punition divine, on évitera en effet de trop parler des causes objectives de son existence. Il y a donc un certain nombre de tabous autour de certains mots.

Est-ce que par là, on n’hésite à appeler un chat un chat ? L’expression est ancienne en français. Il s’agit, quand on appelle un chat un chat, de ne pas avoir peur d’appeler les choses par leur nom : « J’appelle un chat un chat et Rollet un fripon », disait-on déjà au XVIIème siècle. Métaphore obscène, mais dont l’obscénité est bien cachée. Le chat était, au départ, un chas, c’est-à-dire un trou, notamment celui d’une aiguille. Et le mot était souvent utilisé comme image du sexe féminin. L’expression voulait donc dire « parler crûment des choses crues ». Et la proximité d’une autre image, celle de la chatte, qui représente aussi le sexe féminin, a aidé au changement orthographique : du chas, on passe au chat.

On parle parfois aussi de la politique de l’autruche. La légende veut que cet animal, quand il est effrayé, se cache la tête dans le sable. Il ne voit plus le danger, et imagine alors qu’il a disparu. On dit également « faire l’autruche », ou même se mettre la tête dans le sable.
Dernière expression, se voiler la face (= refuser d’affronter la réalité, et même de l’envisager) est moins pittoresque, mais elle a le même sens.




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