COMBLE, PINACLE, APOGEE

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 20 JUILLET 2001


Le comble de l’habileté : écosser les petits pois avec des gants de boxe.
Le comble du pâtissier : faire des éclairs !
Tous les enfants sont friands de ces petites histoires plus ou moins drôles qui énoncent les « combles », c’est-à-dire « le plus haut degré » d’un vice ou d’une qualité…

Au sens étymologique et propre du mot, le comble (cumulus, « amoncellement »- de la même famille que cumuler) désigne une position de sommet. En architecture, cela désigne la construction dominant un édifice et destinée à en porter le toit. Cf « habiter sous les combles », « aménager des combles ».

Dans le langage courant, on l’utilise volontiers au sens figuré pour suggérer l’idée d’un sommet, d’un point culminant qu’un état peut atteindre.
« Le jour de son mariage, il était au comble de la joie ».
« Ce problème de maths, c’est le comble de la facilité ».

Il existe d’autres termes, issus d’un vocabulaire concret et notamment de celui de l’architecture qui servent volontiers dans la langue courante à suggérer cette métaphore du sommet qu’on atteint. Le pinacle par exemple.

« Dans son discours de bienvenue, le PDG a porté au pinacle le nouveau sous-directeur », autrement dit, il l’a couvert d’éloges, de louanges enthousiastes, bref, il l’a élevé au-dessus de tous les autres par ses flatteries excessives.
« Porter au pinacle », « mettre, être au pinacle » : expressions courantes. Mais on connaît moins le sens premier de pinacle. C’est ainsi qu’on appelait la partie la plus élevée du Temple de Jérusalem, où Jésus, tenté par le démon, fut transporté. Par extension, le mot a désigné dans l’architecture gothique la pyramide ornée de fleurons servant de couronnement à un contrefort.

Encore issu du domaine architectural, le faîte. « Etre au faite des honneurs », « Etre au faîte de la gloire », c’est-à-dire être arrivé à ce point culminant d’où l’on ne peut plus après que redescendre. Le faîte c’est dans un édifice la poutre qui forme l’arête supérieure d’un comble et sur laquelle s’appuient les chevrons. Par extension, on utilise le mot pour désigner la partie la plus haute de quelque chose d’élevé : une montagne, un arbre…

Parfois ces métaphores architecturales sont encore trop faibles, parce qu’elles renvoient à une dimension humaine, et lorsque l’on veut évoquer de façon superlative cette idée de domination, de sommet absolu, on va utiliser des mots qui renvoient cette fois au cosmos.

On pourra dire par exemple d’un artiste, d’un écrivain, qui connaît le succès, la gloire, et qui atteint la maîtrise absolue de son art, qu’il est à son zénith. L’expression d’ailleurs est souvent figée : « être à son zénith » ou encore « être au zénith », « parvenir au zénith ».
Le mot est d’origine arabe (= « chemin au-dessus de la tête »). En astronomie, il désigne le point de la sphère céleste située sur la verticale ascendante de l’observateur.

Si l’on entend bien la référence astronomique dans le mot zénith, on l’a un peu oubliée dans un mot savant qui, pourtant, appartient aussi à ce vocabulaire, le mot apogée.
Apogée, du grec apogeios, « qui est éloigné de la terre », désigne en astronomie le point où la lune est la plus éloignée de la terre. Par extension d’ailleurs, on pourra dire que le soleil est à son apogée quand la terre est en aphélie (lorsque son orbite atteint le point où elle est la plus éloignée du soleil).

Dans un vocabulaire plus courant, on désigne par apogée le moment où une qualité, morale ou physique, est parvenue à son plus haut degré d’élévation.
« B-B, dans Et Dieu créa la femme, était à l’apogée de sa beauté ».
« La bataille d’Austerlitz fut l’apogée de la gloire militaire napoléonienne ».

On note que ce mot désigne uniquement des sommets heureux. On ne dira pas qu’on est à l’apogée du malheur ou de la misère. On utilisera dans ce cas plus volontiers le mot comble, qui, bien qu’il désigne lui aussi étymologiquement une position élevée, peut s’inverser : « Etre au comble du malheur ».

Notons que pour dire en termes plus savants ces excès vers le bas, on pourra utiliser le mot paroxysme qui, lui, appartient à l’origine au vocabulaire médical, où il désigne la période d’une maladie où les symptômes sont les plus aigus. Au sens figuré, désigne le point d’extrême intensité d’un sentiment, d’une émotion, généralement négatifs. « La haine était à son paroxysme ».




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