DOLLAR

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 30 JUILLET 2001

On parle du dollar, autant ou lus que de l’euro, et même ; on parle maintenant de dollarisation de la politique.

L’invention du mot témoigne bien sûr d’un dédain. A se dollariser, le politique se dégrade, voire se gangrène, et tout cas s’altère et se laisse gagner par le souci de l’argent. Quand on sait combien l’honneur de la chose publique est garantie par sa non-vénalité, on devine combien l’attaque est méprisante.

Mais on a pris soin de forger le mot sur le nom particulier de la monnaie américaine, le dollar. Il s’agit donc de viser ce pays en particulier, et non pas une décadence générale des mœurs politiques. Car le dollar est bien l’emblème par excellence de l’Amérique. C’est en effet à la fois un cliché répandu et une certaine réalité que de penser que l’argent y est sur-valorisé au point d’être une valeur plus qu’un moyen d’échange. Le mot dollar y a gagné d’être plus fluo qu’un autre. Et d’être parfois utilisé comme surnom ou pseudonyme, de manière moqueuse ou grinçante. On rappellera Salvador Dali, devenu Avida dollars par les soins vipérins d’André Breton, ou le pianiste Abdullah Ibrahim, né Adolphe Johannes, qui fit tout le début de sa belle carrière en Afrique du Sud, puis en Europe et aux Etats-Unis, sous le nom de Dollar Brand.

Bien sûr le dollar a de nombreux équivalents familiers en américain, mais ça ne concerne guère la langue française. A part le billet vert, périphrase rebattue qui le désigne très souvent dans un discours économique, et plus encore boursier. Pour éculée qu’elle soit, la locution a l’avantage de pointer qu’on parle du dollar américain. Alors que le mot s’applique à d’autres monnaies : Libéria, Malaisie, et surtout Canada. Un équivalent qui nous intéresse dans ce dernier cas : les francophones parlent familièrement de piastre (ou de « piasse ») autre unité monétaire. Et un baise-la-piastre est un avare.


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