TIMBRE

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 7 AOUT 2001

Le courrier électronique aura-t-il la peau de la poste ? Et par là même du « timbre » ? Quelle perte ce serait pour la culture occidentale ! Deux mots pour se pencher sur cette chose dentelée (souvent) et ce mot un peu fou.

L’histoire en est longue, complexe, passionnante. Le « timbre » nous vient du « tympanon » grec, un mot qui est parfois encore utilisé en musicologie. Mais, le « tympanon » est un tambourin, assez semblable à notre tambour de basque, utilisé dans les cultes orgiaques de Cybèle et Dionysos. Les aïeux du « timbre » ne s’ennuyaient pas.

Le « timbre » français a désigné d’abord une sorte de tambour, comme chez les Grecs, puis une cloche qu’on frappait d’un marteau pour qu’elle rende un son. De là l’assimilation « timbre »/tête, et le glissement de l’image de la cloche fêlée à celle « timbre » fêlé : la douce folie, le petit grain, la case qui manque. L’expression raccourcie donne « il est timbré ». On a donc compris d’où venait le calembour des génies « timbrés » (marteau ou représentés sur un « timbre »).

N’oublions pas que c’est de ce premier passé musical que le mot « timbre » a tiré sa signification sonore : le « timbre » d’un instrument, c’est sa sonorité propre, techniquement le rapport du son pur à toutes les harmoniques qu’il dégage.

Mais c’est à un tout autre développement que l’on va s’intéresser.
Le « timbre » a désigné au Moyen âge une pièce d’armure : le haut du casque (analogie de forme avec une cloche). Or, cet élément était représenté en héraldique comme le faîte de l’armure, et donc le couronnement des armoiries. De là probablement sa forte charge symbolique : le « timbre » est ce qui authentifie. Et il le reste en passant du blason au papier : c’est la marque qui certifie qu’un papier a bien l’aval de l’autorité qui la délivre (« les actes judiciaires doivent être ‘timbrés’ d’une fleur de lys… »).

Le « timbre » va renvoyer un peu à n’importe quelle marque d’authentification – une plaque de bronze appliquée sur une chaudière à vapeur par exemple.

Et dans le domaine postal, le cachet qui indique d’abord le bureau de poste d’origine. On est passé de cette marque d’origine à l’attestation de paiement du port – aujourd’hui, le cachet n’est pas le « timbre ». Il semble qu’on doive la trouvaille à Velayer, alors qu’en 1653, il était maître des requêtes au Parlement de Paris. Il s’est agi à l’époque d’un « billet de port payé », attaché à la lettre. Et l’amélioration nette qui a fait passer du billet à la vignette collée est anglaise, et date de 1840.

Un mot pour finir avec les amoureux de ces vignettes qui sont apparus très vite. Mais signalons qu’avant la fade et prétentieuse philatélie, on a eu la modeste « timbrologie » (oh combien plus savoureuse), qui elle-même avait donné naissance à la « timbromanie », pratique naïve et douée de « timbrés » d’un autre âge.



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