TROP

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 20 AOUT 2001

« Retrouve ta bande dessinée favorite avec des personnages trop sympa ». C’est un slogan – réel – pour une bande dessinée destinée aux enfants. Et cette phrase, en effet, imite un parler enfantin, une faute enfantine, en tout cas un usage encore considéré comme fautif, mais à la mode chez les jeunes et les très jeunes : on emploie « trop » pour « très », ou même « très très ». C’est une façon de faire résonner l’intensif, un genre de superlatif. Des personnages « trop » sympa sont des personnages vraiment extrêmement sympa, on pourrait même dire excessivement sympa : on retrouverait le même abus de sens, puisque « excessivement » veut dire à l’origine « à l’excès », donc trop. Mais, cet usage-là est plus ancien et pas spécialement à la mode aujourd’hui.
Au départ donc, « trop » indique seulement qu’on a passé la mesure, on a été au-delà de ce qu’il fallait : tout le monde sait ce qu’est un pantalon trop grand, ou trop cher, ou trop rouge… Alors qu’aujourd’hui, l’adverbe ne va plus signifier que très : Dérive expressive aisément compréhensible…

Mais, cet effet de mode succède à un autre : l’adverbe « trop » a été utilisé comme un adjectif, depuis les années 80, dans des tournures un peu particulières : « Ah celui-là : il est trop… » C’est-à-dire que ça correspond soit à une admiration, soit à une critique, tout en exprimant la surprise : « Avec ses chaussures violettes, ses chaussettes jaunes et son chapeau de travers, il est trop ». Défi au bon goût. « Et cet autre qui arrive en retard, et en plus rouspète, il est trop ». Là c’est plus critique.

L’usage nous vient de l’anglais, où la locution adverbiale « too much » a été utilisée dans le même sens. Et parfois, pour avoir l’air très dans le coup, j’ai entendu qu’on pouvait jumeler les deux langues : Celui-là, il est « too much » ! Est-ce du bon français ? Sûrement pas. Mais je l’ai entendu !



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