DROIT

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 4 DECEMBRE 2001


Le droit à ne pas naître... Un titre de Libération, à propos de la confirmation en appel d’une décision de justice : les parents d’enfants inadaptés ont droit à une indemnité s’ils n’ont pas été prévenus pendant la grossesse que leur enfant à venir risquait de naître avec une déficience ou une malformation. Ils auraient pu alors envisager un avortement thérapeutique. Et l’indemnité vient compenser le préjudice moral et les frais et tracas occasionnés par le handicap de l’enfant.

L’expression « le droit à ne pas naître » est bien sûr un clin d’œil, et un paradoxe : comment pourrait-on avoir le droit de ne pas naître… Et ce paradoxe s’explique en ce qu’il souligne le côté bizarre de cet arrêt. A la limite, l’enfant pourrait plus tard attaquer les médecins du fait qu’il est né, mettre en avant qu’il aurait mieux valu ne pas naître et demander réparation de sa propre existence…

De toute façon, le sens du mot « droit » dans cet emploi est intéressant à préciser, même si c’est en fait le premier sens du mot. Un droit est à la fois ce qui est permis et exigible. Ce qu’on est fondé à réclamer légitimement. Alors, c’est un concept dont on a surtout entendu parler à partir du siècle des Lumières, et bien sûr de la Révolution. Evidemment, ces concepts étaient présents bien avant, dans le droit romain par exemple… Mais, on ne peut pas penser au mot « droit » sans évoquer la Déclaration des Droit de l’Homme et du Citoyen. Les Droits de l’Homme sont donc ce qu’un homme peut exiger en vertu de sa dignité d’homme. C’est ce qui fonde son humanité sociale : respecter les autres et être respecté. Et le mot permet de comprendre comment une société envisage un certain groupe social, en fonction des droits qu’elle lui reconnaît : droit des femmes, droit des enfants.

Le mot s’est beaucoup répandu récemment dans toute la littérature politique : droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, droit de vote (mais ça c’est quand même assez vieux), droit des minorités, etc.

Et il s’emploie spécialement par rapport à des situations particulières : le droit au logement, par exemple, dont on a beaucoup parlé. C’est-à-dire l’obligation qu’aurait la société que tous les gens fussent décemment logés. Et la légitimité pour les mal logés à exiger de l’être mieux. On voit donc que le droit de quelqu’un met en demeure quelqu’un d’autre. J’ai le droit de savoir, c’est-à-dire j’exige de savoir, je t’ordonne de me dire (si jamais tu sais…). Alors attention, le droit n’est pas l’obligation. J’ai le droit de savoir ne se confond pas avec « je suis obligé de savoir ». Si j’ai le droit de savoir, j’ai donc aussi le droit de ne pas savoir. D’un enfant élevé exclusivement par sa mère, on pourra dire : « Il a le droit de connaître son père, maintenant qu’il est grand… » Mais il n’y est pas contraint, il a aussi le droit de décider, si oui ou si non.

Et, bien sûr, on a aujourd’hui beaucoup de droits nouveaux – en tout cas on en parle pas mal : droit à la parole, droit à la différence.
Et parfois bien sûr, le mot peut être utilisé a contrario, de façon injurieuse : « Lui, il a droit de se taire ».



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