VEILLE

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 24 DECEMBRE 2001

Nous sommes bien le 24 décembre. Doit-on dire « c’est Noël » ? Non : techniquement, Noël, c’est demain. Mais, il y a souvent une ambiguïté dans cette phrase : c’est Noël. Sait-on jamais exactement à quel jour ça correspond, même si pour être précis, on désigne le 25 décembre par « jour de Noël » et le 24, par « veille de Noël ». Les deux étant joints symboliquement par la messe de Minuit, qui fait glisser d’un jour à l’autre. Car à minuit, on ne dort pas.

Et on est là au cœur d’un des mots les plus ambigus : le mot « veille ».
« Veiller », au départ, c’est ne pas dormir. Ne pas dormir à un moment où ordinairement, on dort.
Et en particulier, le mot a un sens religieux : il s’agit d’être spécialement éveillé vers Dieu, d’être en prières. Le mot s’est donc plus ou moins spécialisé pour désigner les prières de nuit. On pense, par exemple, aux veillées d’armes. Le futur chevalier, juste avant d’être adoubé, passe une nuit en prières, comme préparation spirituelle à la cérémonie qui aura lieu le lendemain.

Donc, le mot a tendance à désigner le soir puis la nuit qui précède une fête, une célébration. Par conséquent, le mot va se couper totalement de son origine, pour signifier simplement « le jour d’avant »… Sans aucune connotation religieuse : « Je suis allé au cinéma. J’avais été la veille au théâtre ». C’est donc le substantif qui correspond à l’adverbe hier, comme le lendemain est le substantif qui correspond à l’adverbe demain.
Et à partir de là, on a même forgé un autre mot, « avant-veille », qui désigne le jour d’encore avant. (et qui correspond à surlendemain).
Parallèlement, « veille » continuait de vivre sa vie, et d’avoir des enfants par rapport à son sens d’origine.

Une « veille » est une soirée passée en commun, à partager (des récits, des contes, des bavardages). On dit plus communément « veillée ».
Et « veillée » dans le sens « ne pas dormir » a pu donner, par exemple, le veilleur (de nuit), la veilleuse (la lampe qui ne s’éteint pas), ou même « prendre la veille », c’est-à-dire prendre son tour de garde : on est là dans le vocabulaire de la sentinelle.



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