AVEUGLES

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 3 JANVIER 2002

Ce n’est pas vraiment le jour des aveugles, mais c’est le World Braille day. Laissons tomber l’acrimonie que pourrait provoquer cet anglicisme : c’est comme ça que ça s’appelle. Et c’est le jour du Braille. Le Braille ? Le système d’écriture et de lecture destiné aux aveugles, basé sur des signes en relief, des points saillants qu’on peut reconnaître au toucher. Ne cédons pas à la tentation mal placée de plaisanter sur le nom Braille, en pensant que c’est plutôt l’inventeur d’un alphabet pour sourds – un alphabet qui crie. Non ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Louis Braille, aveugle à trois ans et nostalgique de ce qu’il avait vu, inventa en 1825 un alphabet toujours en vigueur aujourd’hui. Et à partir de ce système, on peut donc construire une image tactile de la langue, de même qu’on peut écrire des partitions musicales que les aveugles peuvent lire et apprendre par cœur avant de jouer la musique ainsi notée.

Le 3 janvier est donc un jour pour les aveugles, et aussi pour les malvoyants ou les non voyants...
Un mot sur ces mots… Aveugle : beau mot, vrai mot populaire, bien différent de son origine, qui est latine. Pas un mot, mais deux : Ab oculis – expression abrégée puisque vraisemblablement, il s’agissait au départ de l’expression orbus ab oculis, littéralement privé de ses yeux. A moins que cela vienne d’alboculus, dérivé d’albus, blanc. Cet adjectif désignait un malade atteint de cataracte. Et, en fait, ce qui est bizarre c’est que la couleur associée à la cécité est bien plus souvent le blanc que le noir. Le très blanc, le très brillant indique ce qu’on ne voit pas parce que c’est trop facile à voir. Ça crève les yeux, dit-on, à propos d’une évidence extrême. Mais, on ne dit ça qu’à propos de quelque chose qu’on devrait voir, et qu’on ne voit pas. Ou que tout le monde ne voit pas. L’image est facile à comprendre : « ça vous rentre de force dans les yeux » ; donc, ou bien on le voit très bien… ou bien on ne voit plus rien car les organes de la vue sont trop sollicités… Mais, on parle aussi bien de clarté aveuglante (au sens propre : si vous sortez d’une pièce obscure en plein soleil, il faut attendre que les yeux s’accommodent…) et au sens figuré : quelque chose de si évident qu’on n’en a pas conscience…



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