BRETZEL

Par: (pas credité)


PARLER AU QUOTIDIEN DU 16 JANVIER 2002

Le bretzel est à l’honneur. Enfin, à l’honneur, cela me plaît à dire. Mettons « en vedette ». A-t-on failli parler du bretzel maudit ? A-t-il manqué coûter la vie au président des Etats-Unis ? Est-il la cause de l’ecchymose que celui-ci arbore au haut de la pommette gauche ?
C’en est assez, en tout cas, pour qu’on s’interroge sur le passé de ce mot modeste, qui désigne un petit gâteau apéritif. La pratique de l’étymologie suscite d’étranges comportements. On ne peut s’empêcher au bout d’un temps d’avoir une sorte de réflexe intuitif, quand on évalue, soupèse, scrute un mot. On se fait sa petite idée… Parfois juste… Et parfois, on tombe complètement à côté.

Bretzel, par exemple. « J’ai tout de suite vu le « bret », « bread », « bröt » »… Le pain était là. Restait le zel. Le sel. Un petit pain salé…c’est tout à fait ça.
Une rapide interrogation circulaire pour savoir ce qu’en pensent ceux qui m’entourent… Vous ne devinerez pas les trésors d’imagination que telle interrogation pouvait susciter. Bretzel ? Bien sûr, c’est une ville autrichienne. Ne vous y fiez pas : aucun rapport. Bretzel ? Alfred Bretzel ? Ce sera quelque ancêtre du grand pianiste. Mon Dieu, quel manque de rigueur !

Alors qu’en pense Alain Rey, dont on peut espérer qu’il ne se livre pas à ce genre de gamineries ? Eh bien d’après lui, la première attestation du mot se situe en 1492. Ça ne vous dit rien ? Et la découverte de l’Amérique, alors ? Troublant. Le bretzel apparaît à l’horizon de l’Ancien Monde au même moment que le Nouveau. Amérique et bretzel, la main dans la main…
Le bretzel balbutie encore : c’est la forme bréchale qu’on trouve à Neufchâtel. Le haut allemand disait « brezitella », emprunt au bas-latin ; le haut allemand est parfois si haut qu’il touche le bas-latin qui est parfois si bas… « brachitella ». Tout ça dérive de brachium, le bras. Cette gâterie est donc un genre de pâtisserie aux petits bras. Ainsi, se comprend la forme de cette croustillade légère, saupoudrée de sel ou de cumin en Alsace.

On en servait jadis dans les brasseries pour accompagner la bière. Aujourd’hui, on les sert avec des boissons apéritives, en concurrence avec des noix de cajou, des cacahuètes, des olives ou parfois des petits morceaux de fromage. Les boulimiques peuvent même se payer le célèbre « mélange apéritif » qui propose une intéressante compilation de tout ce qui se fait de mieux en la matière. Mille goûts dans la bouche ? Tout ça ne vaut pas un bon bretzel.



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