RABELAIS

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Une fête chez Rabelais… Spectacle musical, donné ce soir aux Bouffes du Nord, théâtre parisien… : l’ensemble Clément Janequin, dirigé par le chanteur Dominique Visse. Et si Rabelais nous a laissé quelques associations musicales, il nous a laissé plus encore des noms propres qui ont un sens et souvent un adjectif dérivé…

Rabelaisien, adjectif sympathique, qui évoque l’esprit des romans de Rabelais : un bon gros rire, qui ne s’effarouche pas de la bonne plaisanterie… le contraire du collet monté, de ceux qui se formalisent. Et ce qui est rabelaisien est facilement leste : truculent, et parfois grivois… On rit avec générosité, largesse, sans se retenir, sans se surveiller, sans s’économiser… et sans se censurer. On parle facilement de ce que parfois on cache : on pisse, on rote, on a la main baladeuse…
Qui ça, « on » ? Souvent les géants héros de ces histoires. On a toute une filiation : Grandgousier, Gargantua, Pantagruel (grand-père, père et fils…). Ces géants ne sont d’ailleurs pas nés de l’imagination de Rabelais : ils existent déjà dans des histoires populaires, des contes divers.

Grandgousier se comprend sans problème : celui qui a un grand gosier…
Gargantua, car, voyant sa bouche grande ouverte –ou quelque autre partie de son corps… l’ambiguïté plane toujours… on s’exclame, admiratif : « Que grand tu as !… » Et Gargantua, chez Rabelais, mange énormément.
Alors que son fils, Pantagruel, boit plutôt. Lui, aussi, est un personnage qui préexiste à Rabelais, génie de la boisson qui, la nuit, ramasse le sel de la mer, et le jour, le jette dans la gorge de ceux qu’il croise, pour leur donner soif.

Les deux adjectifs qu’on en tire ont deux usages légèrement différents : on parle plutôt d’un appétit gargantuesque, mais d’un repas pantagruélique.
On peut encore citer Pichrochole, l’image même du mauvais prince. Roi coléreux, injuste, batailleur et de mauvaise foi… Il a, paraît-il, un modèle réel, un seigneur de la région de Chinon, qui s’en prenait sous des prétextes fallacieux aux bateliers de la Loire, dont la liberté l’irritait. Et on a gardé l’expression « guerre pichrocholine » pour désigner un conflit de Clochemerle, dur, acerbe, mais lamentable, et dont les causes sont de ridicules mesquineries, des ratiocinations de bas étage…




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