CLIP ET SPOT

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

On parle beaucoup des clips en ce moment, dans la campagne électorale. Cela désigne ces très courtes productions que les candidats font réaliser, qui ne fonctionnent pas exactement comme des espaces publicitaires, mais qui pourtant s’en rapprochent par leur format bref et ramassé.

Le mot se répand en français à partir de 1985, dans le langage de la télévision. On dit aussi clip vidéo ou vidéoclip… Et on désigne ainsi des mises en images de chanson. On entend (la chanson), mais que voit-on ? Un peu de tout, et c’est justement l’occasion de promouvoir une nouvelle esthétique de l’image animée, pleine d’effets spéciaux et de rapidité, résultat de la maîtrise de l’informatique et de la vidéo. Si le mot s’impose, c’est aussi parce qu’il fait écho à un autre, le clap, ardoise de bois avec une baguette mobile, qu’on filme au début de chaque prise pour l’identifier (titre, numéro…) et qui symbolise par son bruit sec et claquant le signal du tournage. Le mot est bien sûr une onomatopée, qui a fait, très en amont, le lit du clip.

Quant au clip, l’onomatopée n’en est pas absente : le mot pourrait être rendu en français par coupure, au sens de coupure de presse : une article qu’on a découpé. Clip, en anglais désignant des ciseaux (en particulier pour tondre les moutons), le mot est devenu synonyme de montage, coupe dans la pellicule, et par dérivation, extrait, morceau coupé… de là le sens actuel.

Le clip est en concurrence avec le spot, mot d’origine américaine également, monosyllabique et qui claque également, qui désigne souvent un message publicitaire. A l’origine, c’est une tache, un gros point, sans plus. Puis le mot est passé dans le vocabulaire de l’éclairage : les spots sont de petits projecteurs (ou parfois des gros)… qui éclairent très précisément une zone délimitée. Cette ancienneté dans le langage du cinéma a probablement facilité son acheminement vers un tout autre sens, qui le rend symétrique de clip.


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