LIT

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Le traitement des thèmes touchant à l’insécurité en France par des télévisions nationales, l’acharnement à mettre en avant des faits divers racoleurs en accentuant leur côté spectaculaire a-t-il fait le lit du Front National ? Les scandales politico financiers, les « affaires », la division des grands partis, la perte d’intérêt pour la vie politique de nombreux électeurs ont-ils fait le lit du Front National… Voilà des phrases qu’on a pu entendre – ou plutôt lire – ces derniers temps dans la presse. Avec cette drôle d’expression qui revient de plus en plus souvent : « faire le lit de… »
L’expression, qui date de la deuxième moitié du 20e siècle, ne se rencontre en effet pratiquement que dans la presse, et dans un contexte politique.. Faire le lit de, c’est préparer le terrain pour…, rendre possible, faciliter une certaine situation. Mais ça s’emploie presque toujours dans le cas où ceux qui « font le lit » de certains autres, ne le font pas exprès. Ou pas délibérément.. Expression en tout cas très bizarre… Pourquoi le lit ? Ca donne l’idée qu’on prépare les choses pour qu’elles soient toutes prêtes à l’arrivée de celui qui pourra se coucher tranquillement. Tout sera prêt : il n’aura qu’à s’installer. Tout le travail aura été fait par d’autres ; il n’aura plus qu’à tirer les marrons du feu. Ya-t-il en sous-entendu sexuel…. ? Pas sûr, bien qu’on soit toujours tenté d’y voir l’image de celui qui est l’artisan de son propre malheur, et qui prépare son propre cocuage…. En tout cas, pour bien comprendre le sens de l’expression, on peut remplacer « lit » par « jeu ». En, montrant de telles images, vous faîtes le jeu de l’extrême droite. Mais l’image est moins forte… Ca rappelle une autre expression très marquée par la phraséologie politique, notamment celle du Parti Communiste, lorsqu’ils parlaient de ceux qui se situaient à leur gauche : ce sont les alliés objectifs de la bourgeoisie. Alliés objectifs, c’est à dire que , dans la réalité, « objectivement », ils aident ceux qu’ils veulent, qu’ils croient, qu’ils prétendent combattre…
Le mot lit se retrouve parfois dans d’autres expressions : Comme on fait son lit, on se couche… c’est à dire on doit assumer les conséquences de ses actes. Le comme ici est à comprendre au sens de la même façon qu’on fait son lit, on se couche… c’est à dire, on dort, on est couché. Si on fait vite, mal n’importe comment son lit… on dormira mal… on en paiera le prix…
Le lit est souvent lié aussi à l’intimité sexuelle, et notamment à la procréation. Ainsi parle-t-on de lit pour parler de mariage, d’union… et d’union légitime, officielle. On ne trouve d’ailleurs l’expression que dans des phrases qui parlent des enfants, qui sont issus de ces lits où s’est joué leur conception. Et on parle des enfants d’un premier lit , ou d’un deuxième lit, pour dire d’un premier ou d’un deuxième mariage. Et dans ces lits successifs d’ailleurs se succèdent des épouses, différentes d’un même époux. Et non l’inverse.
Terminons cette série de vie avec l’expression mourir dans son lit. Qui signifie simplement mourir de mort naturelle, et non de façon violente, notamment au combat…


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