L'AUBERGE ESPAGNOLE

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

C’est le titre d’un film de Cédric Klapisch qui vient de sortir et qui est donc une référence à une expression française assez courante : l’auberge espagnole est celle où… « on peut apporter son manger ».

Evidemment, l’inscription est supposée être en espagnol, pour accréditer l’expression. Alors qu’on voit bien qu’elle existe en français, avec ce lexique populaire et un peu désuet : son manger… pour son repas. Mais les auberges espagnoles avaient cette réputation, non seulement d’autoriser la pratique à apporter ce qu’on voulait consommer, mais aussi à ne pas avoir grand chose à mettre à sa disposition… comme si on y était pauvre ou pingre. En tout cas, la locution ne milite pas en faveur de l’auberge, peu hospitalière. Maintenant… pourquoi espagnole ?… La xénophobie de la langue n’est plus à démontrer… l’herbe est souvent plus jaune de l’autre côté de la frontière.

L’image de l’auberge espagnole, aujourd’hui, totalement figée, est encore couramment employée, dans des contextes très libres, mais le plus souvent abstraits. On dira par exemple… le développement durable, c’est l’auberge espagnole… chacun met sous ce vocable ce qui lui plaît… c’est-à-dire… ce n’est pas un vrai concept, mais une idée à la mode, et un peu creuse, qui signifie ce que chacun veut y mettre. De même, on a dit que le structuralisme était une auberge espagnole… Claude Lévy-Strauss y mettait-il la même chose que Julia Kristeva…?

Alors, est-ce que cet exotisme à l’espagnole est porteur d’idées qu’on retrouve d’une expression à l’autre ? Pas vraiment… On citera, en passant, l’expression burlesque « Il grandira car il est espagnol », extraite d’un livret de Meilhac et Halévy, sur une musique d’Offenbach, dans la Périchole. On est proche du non-sens… On s’amuse parce que justement ça ne veut pas dire grand’chose… et que vraisemblablement ça fait calembour avec les Grands d’Espagne… expression qui désignait les grands seigneurs de la Cour.

Quant au château en Espagne, lui, il est encore extrêmement vivant, bien que très difficile à expliquer. Son sens est clair : faire des châteaux en Espagne, c’est faire des projets utopiques, irréalistes, qui ne verront jamais le jour... c’est rêver. Pourquoi ? On a quelques explications historiques, toutes plus fantaisistes les unes que les autres. Mais on dit entre autres, qu’au Moyen-âge, des chevaliers méritants recevaient parfois de leur suzerain une terre, un château… situé en terre sarrasine… en Espagne maure… château qu’il fallait d’abord aller conquérir pour qu’il devînt véritablement votre propriété. En tout cas lorsqu’on bâtit des châteaux en Espagne, on garde l’idée qu’on les construit bien loin… donc en rêve.



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