TROT

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

On vient d’inaugurer des trottoirs roulants d’une rapidité prodigieuse, dont s’enorgueillit le métro parisien. A la station Montparnasse, un trottoir vous emmène à la vitesse grisante de 11 km à l’heure. Mais, même à cette vitesse, on parle encore de trottoirs roulants, pas encore de trottoirs volants. L’expression a pourtant été calquée sur celle de « tapis roulant », elle-même calquée sur « tapis volant ». Et sur ce même modèle, on a fait les escaliers roulants, attrait principal des grands magasins… parfois remplacé par l’anglicisme escalator, qu’on conseille de remplacer pas escaliers mécaniques… Mais rien ne vaut le bon vieil escalier roulant.

Revenons à ce trottoir qui, en effet, ressemble davantage à un tapis… Il sert à rallier les extrémités d’une gare fort grande, où la correspondance tient du marathon. Le mot « trottoir » se comprend bien ; il est communément admis et plutôt sensé.

Mais le mot trottoir est ancien. Il prend son sens actuel autour du XVIIème siècle bien qu’à cette époque, il en existât fort peu : la plupart des chaussées urbaines sont d’un seul tenant, remontant, de part et d’autre, jusqu’aux maisons avec une rigole de ruissellement central. Toutefois, les artères les plus chics se dotent d’un accotement surélevé, réservé aux piétons : ils ne seront plus bousculés, ni éclaboussés : le trottoir est né. Malheureusement, les mots de la voirie, de la chaussée ont une mauvaise réputation, liée à leur fonction d’égout, dont ils ne se débarrassent aisément. Et dans un parler à peine familier, le trottoir est l’emblème de la prostitution. Et l’expression « faire le trottoir » s’applique au prostituées qui y officient – quoi que ce ne soit pas très ancien (milieu XIXème).
Autre paradoxe à relever, le trottoir est fait pour qu’on y marche… pour que les humains y marchent… contrairement aux chevaux par exemple, qui restent dans la rue. Or, le mot trotter vient du vocabulaire du cheval, puisque le trot est l’une des trois allures principales du cheval (pas, trot, galop)…

Le trot se signalant par son allure sautillante, pas très rapide mais au son répété, aux foulées courtes, trotter a voulu dire marcher de façon un peu précipitée… mais sans avoir l’élégance du galop, ni même de la course. On comprend donc que le mot ait été redoublé par trottiner, qui évoque aussi de petits pas, et une démarche presque entravée, et donc un trajet plutôt long… en langue familière : « ça fait une trotte ».



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