BARRE

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Les édiles de Deuil-la-Barre veulent secouer le cocotier… Quoi quoi quoi ! ! Quel cocotier ? ? Deuil-la-Barre, il faut d’abord le savoir, est une charmante localité de la région parisienne. Mais pêcherait-elle par son nom? C’est que les responsables de la mairie de Deuil-la-Barre ont décidé d’un référendum pour connaître le sentiment de leurs administrés sur le nom de la commune. Alors, on ne veut plus de Deuil-la-Barre ? Trop funèbre ? Justement pas… C’est ça l’étonnant : ce n’est pas « Deuil » qui gêne : c’est la barre ! ! ! Parce que la barre évoque une barre d’immeubles, que ça fait un peu peuple, un peu cité de banlieue mal famée, et que donc le standing et, par conséquent, le prix du mètre carré s’en ressent. C’est donc une affaire tout à la fois d’image et de gros sous : les promoteurs immobiliers voudraient que ces parages ne voient pas leur responsabilité entamée.

Il est vrai que, depuis quelques années, (mettons une vingtaine, pas plus…) on parle de barre d’immeubles… Pour désigner des blocs immobiliers, construits en général entre les années soixante et les années quatre-vingt, fort laids, fort compacts, où peuvent s’entasser des milliers d’occupants. Ce sont souvent des HLM (habitations à loyer modéré), établis dans des banlieues populaires… Et il est vrai que cet urbanisme sauvage n’a rien fait pour établir une tranquillité sereine chez ses habitants. Le mot « barre » dit bien ce qu’il veut dire : c’est bien en forme de barre – quoiqu’on pourrait objecter que la plupart du temps, une barre évoque plutôt quelque chose d’horizontal, qui s’étend en largeur. Alors que les immeubles, en question, sont le plus souvent construits en hauteur. La naissance des codes barres auraient-elles un impact là-dessus ? Pas sûr… Et pourtant… On parle donc également de tours. Et souvent, on a parlé méchamment de cages à poules, ou de cages à lapins… notamment dans les années soixante, quand c’était nouveau, et que les moqueries étaient neuves également. Et ces expressions renvoyaient à la fois à une idée d’enfermement, de passivité, et à une idée de grégarisme, c’est-à-dire d’uniformité : tous pareils dans nos petits appartements. Et tous conditionnés.

La barre est donc l’unité de construction de la cité… qui est aussi le mot par lequel on désigne un ensemble de barres… Et selon le contexte, on voit bien si on est encore ou non dans le cadre de la cité médiévale ou antique, ou dans un univers moderne et plus terrible. Quant à cet ensemble de barres, il est planté en général sur une dalle, nom par lequel on désigne l’esplanade nue et éteinte où l’on ne peut pas faire grand chose d’autre que traîner…



Go à la page principale d'archives