DURABLE

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Développement durable, agriculture durable, économie durable s’il y a bien aujourd’hui un mot à la mode, et surtout, un mot « correct », c’est celui-là. Pour avoir l’air crédible, et dans le coup, les hommes politiques, les analystes ou même les beaux parleurs qui vont dîner en ville parlent de tout à condition que ce soit durable. Qu’est-ce que ça veut dire ? Le sens est plutôt simple : ça veut dire « qui dure ». Et le succès de ce mot est à mettre en rapport avec celui de l’écologie. En tout cas d’un souci de réconcilier le développement avec la préservation des richesses naturelles : il ne faut pas se développer en asséchant, en épuisant la terre qui nous nourrit. Il faut penser à l’avenir, pas seulement à l’avenir proche. Ne pas dire « après nous le déluge ! ». Et trouver des méthodes de développement modernes qui ne soient pas toxiques ou perverses. Il y a donc bien en général une revendication de modernité, de développement associée à l’emploi de ce mot, qui voudrait évoquer une sagesse pragmatique et moderne.
La mode qui le frappe et l’enlumine est plutôt récente. Par exemple, nous avons dans l’actuel gouvernement français un Ministère de l’environnement et du développement durable, au seins duquel on trouve un Secrétariat d’Etat au développement durable. Ca date de mai 2002. Ce n’est pas encore bien vieux. Mais le mot couvait déjà avant : le 25 juin 99, il y a donc tout juste trois ans, une loi sur l’aménagement et le développement durable du territoire modifiait la loi de 95 sur l’aménagement et le développement du territoire… L’adjectif durable avait fait son apparition dans les textes officiels et législatifs.
Peut-on dire que cet un anglicisme ? Non sûrement pas. Mais il apparaît en même temps que son homologue américain : durable development parfois concurrencé par sustainable development.
Durable et le verbe durer d’où il procède ont un dérivé, perdurer, mot encore savant, mais beaucoup plus employé que jadis, dont le premier sens était « durer toujours » et qui s’emploie maintenant dans le sens de durer encore, ne pas s’arrêter comme ça, aller au-delà d’un événement précis, durer au-delà des modes en fait.
Et durable a des synonymes, enfin à peu près : stable, persistant. On pourrait aussi penser à permanent, qui évoque davantage une durée sans à-coups sans éclipse. Et on n’ose penser à perpétuel, bien plus ambitieux. Mais jadis, on n’avait pas peur de rêver de perpétuité : Emmanuel Kant écrivait un projet de paix perpétuelle.



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