LES PINCES ET LE TRAIN 11

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

C’était hier, on le sait la journée sans voiture ; en ville sans ma voiture, tel en était le titre officiel, et c’était même ne journée européenne, la cinquième du nom, qui a occupé bon nombre d’Européens, d’un peu partout, à l’exception des Danois qui ne s’en sont pas mêlés pour cause de Sommet Europe-Asie.
Alors comment faire sans sa voiture… ? Oh mon Dieu, mille possibilités s’offrent à celui qui a décidé de ne pas s’en servir. D’abord il peut rester chez lui, ou bien prendre les transports en commun, utiliser des véhicules à deux roues, avec ou sans moteur, ou à trois roues – le tricycle n’est pas mal porté, et que dire du side-car. Je n’ose proposer les véhicules hippotractés, charmants, mais un peu encombrants, et il faut de plus aimer l’odeur du crottin.
Alors que nous reste-t-il ? La marche à pied bien sûr.
Première question : est-ce un pléonasme que de marcher à pied, plutôt que de marcher tout court ? C’est certainement un pléonasme, mais ça ne veut pas dire qu’il faille l’éviter à tout prix. Le mot marcher d’abord se comprend par rapport au contexte dans le quel il est prononcé. Une machine marche, ça veut dire qu’elle fonctionne. Une affaire marche, ça veut dire qu’elle est bien partie. Quelqu’un de crédule marche, ça veut dire qu’il croit toutes les sornettes que vous lui racontez. Donc il est tout à fait acceptable de préciser marche à pied quand il s’agit d’un déplacement sur ses deux jambes, même si le contexte avait rendu le sens évident. Et d’ailleurs, pour citer le dictionnaire des difficultés de la langue française de Joseph Hanse, ne dit-on pas également marcher sur les mains. Ou même au figuré, marcher sur la tête ?
Maintenant il est amusant de recenser certains des équivalents familiers ou argotiques de l’expression.
Marcher à pied, c’est par exemple aller à pinces. Pourquoi pinces ? Parce que c’est un équivalent de jambes. Ce qui est bizarre. Mais ça fait référence, non pas aux pinces du homard par exemple, mais à l’outil qu’on appelle une pince, et dont le manche double, constitué de deux tiges, qui s’ouvrent comme des ciseaux. Ce qui fait précisément penser à une paire de jambes qui marchent.
Et de la même façon, on parlera du train onze. Avec une référence au nombre onze, formé des deux chiffres 1, qui depuis longtemps évoquent les deux jambes. Pour venir j’ai pris le train onze, vieil argot français populaire, qui évoque le début du vingtième siècle, et qu’on peut trouver sous la plume de quelques écrivains facétieux, comme Raymond Queneau.
Le latin de cuisine est également à l’honneur, : pédibus cum jambis. Attention, pédibus est du vrai latin, l’ablatif de pes, qui signifie donc avec les pieds, grâce aux pieds. Et pédibus, veut bien dire « à pied ». A l’inverse, cum jambis n’a jamais existé, et c’est dans un latin totalement imaginaire que cette expression pourrait signifier avec les jambes.



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