VAGABOND

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Le projet de loi présenté hier en Conseil des Ministres par Nicolas Sarkozy ne passe pas inaperçu.. Notamment parce qu'il criminalise ce qui auparavant ne l’était pas ou plus. « Criminalise », c’est à dire qu’il considère comme illégal et susceptible d’être puni un certains nombre de comportements et de situations. Pas forcément des crimes, peut-être des délits. Mais c’est le verbe criminaliser qui est employé, notamment par le journal Libération qui en particulier relève le sort qui est fait au vagabondage et à la mendicité.
Et ce journal reprend d’un ouvrage récent, « Le nouveau droit pénal » de Frédéric Desportes et Francis Le Gunehec la définition du vagabond : « Les vagabonds ou gens sans aveu sont ceux qui n’ont ni domicile certain, ni moyens de subsistance, et qui n’exercent habituellement ni métier, ni profession ».
Ce qu’on appelle un vagabond a toujours été un mot plutôt péjoratif : on sent la condamnation morale, on sent la personne qui juge. Les vagabonds ont toujours été par excellence ceux qui appartiennent aux « classes dangereuses ». Le mot dérive du verbe vaguer, c’est à dire errer, se déplacer sans but avoué ou précis. Ce qui est encore le sens du verbe vagabonder, qui lui n’est pas spécialement péjoratif.
Les vagabonds qui vivaient aux marges de la société, sans être vraiment sédentarisé, n’étaient pas forcément mendiants ou sans compétence professionnelle. C’était aussi bien des journaliers, des travailleurs agricoles qui louaient leurs bras et leur force de travail, passant d’un village à un autre, d’une région à une autre au fil des saisons et des travaux saisonniers. Mais, « sans feu ni lieu », (sans foyer ni maison), « sans aveu » comme le rappelle le texte que nous avons cité, c’est à dire sans suzerain, sans répondant social, sans lien hiérarchique qui les rattache à un seigneur, les vagabonds se définissent d’abord par le manque, par ce qu’on leur reproche de ne pas avoir, par ce qu’ils ne sont pas et non par ce qu’ils sont.
Et on retrouve souvent l’inquiétude qui se lie à ces personnages non sédentaires : on ne sait où ils vont ? C’est qu’ils cherchent aventure. Ce sont des vagabonds ou des chemineaux , qui vont par les chemins (attention : pas de rapport avec les cheminots, travailleurs du rail), des rôdeurs, des galvaudeux ou des trimardeurs.


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