PRIMO

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Il y a quelques jours, à Troyes, Jacques Chirac évoquait la possibilité d’un « contrat d’intégration » qui permettrait d’accueillir les immigrants légaux qui arrivent en France. Et plus particulièrement ceux qui viennent d’arriver. Ceux qu’on appellent parfois les primo –arrivants. Voilà un mot qu’on comprend assez facilement, mais qui sent fort son administratif. Il est sûr que les primo-arrivants entre eux ne s’appellent pas des primo-arrivants. D’abord parce que bien souvent ils ne parlent pas français, arrivant juste d’un pays le plus souvent non francophone. Mais primo-arrivants est un mot qu’on emploie beaucoup dans les sphères politiques, ou même dans le monde de l’éducation, puisque souvent on crée des classes de primo-arrivants dans les écoles, sachant qu’on devra conjuguer apprentissages généraux, et apprentissages du français. Mais le mot en tant que tel ne figure même pas dans le dernier Robert.
Primo n’est pas un suffixe encore très productif. Enfin on trouve primo infection dans le vocabulaire médical, puisque ça désigne la première attaque infectieuse d’une certaine maladie. Pendant longtemps, le mot a appartenu à la langue relativement courante, et désignait la première étape de la tuberculose, pas forcément encore très grave, mais alarmante, qui montrait que le patient était dans la ligne de mire de la maladie. Mais, bien que la tuberculose ne soit plus une maladie très fréquente en Europe de l’ouest, en France en particulier (même s’il semble qu’elle revienne ces dernières années, et qu’il ne faille pas prendre son éradication pour définitivement acquise), le mot primo infection a connu d’autres genres d’emplois : on l’a entendu à propos des premières attaques du SIDA.
Enfin pour en terminer avec ce primo, il faut mentionner qu’il est employé autrement que
comme un simple suffixe. C’est au départ un adverbe latin, qui signifie au départ, et on le retrouve employé tel quel en français, dans la série primo, secundo, tertio. Le tertio n’est pas obligatoire ; le quarto est rare ; et on ne va pas au-delà, du moins dans le français courant : En premier lieu, en second lieu, en troisième lieu.


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