TURC

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Les élections du week-end dernier en Turquie ont beaucoup fait parler de ce pays, et beaucoup fait entendre son nom. Mais ça fait bien longtemps qu’on l’entend. Et ce court mot de turc a eu bien plus de succès que par exemple le mot ottoman, bien qu’actuelle Turquie ait longtemps servi d’assise principale à l’Empire Ottoman . Le Turc, pendant longtemps, ça a donc été le Musulman, en concurrence avec le Maure. Et tout ce qui était truc a été furieusement à la mode dans la deuxième moitié du 17è s. Il faut dire que les Turcs étaient une puissance très importante, et redoutée par les royaumes occidentaux. Ainsi s’explique la mode des turqueries, des manifestations occidentales artistiques qu’on donnait dans le goût turc, avec une influence turque, influence réelle ou totalement fantaisiste. L’enlèvement au sérail ou la célèbre « Marche turque » de Mozart. Mais aussi tout l’épisode du Mamamouchi dans le Bourgeois Gentilhomme de Molière.

Et l’adjectif turc restera pour désigner des objets ou des coutumes ou des comportements qu’on associe à la Turquie. Pipe turque (narguilé), café turc (alors qu’on fait sensiblement le même en Grèce, où l’on l’appelle café grec assez couramment), bain turc, qui correspond à hammam.
Maintenant, l’expression « à la turque » existe, pour signifier d’abord accroupi. Et elle s’emploie essentiellement à propos de toilette sans siège.
Un mot sur les jeunes turcs, expression qu’on utilise à propos de jeunes gens entreprenants, qui souvent cherchent à secouer le cocotier et à remplacer leurs aînés aux postes de commande. Cela s’emploie notamment dans le vocabulaire politique. Le turc bizarrement est assez souvent lié au pouvoir, à la force. Fort comme un Turc, bien sûr, et également tête de Turc. Ce dernier est le mal aimé, celui qu’on prend en grippe, qu’on rend responsable de tous les maux, mais surtout sur qui on passe sa mauvaise humeur. Allusion aux jeux de la fête à Neuneu, où pour mesurer sa force, on tape sur une figurine, souvent affublée d’un turban et d’une grosse moustache. On y retrouve évidemment un nouveau signe de la xénophobie linguistique. Mais il convient de rappeler que pendant longtemps l’antagonisme des chrétiens d’Europe et des Turcs a nourri l’imaginaire des uns comme des autres.


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