PERRROQUET

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Un perroquet suscite la polémique. En effet il y a un perroquet qui est la pièce maîtresse d’une œuvre d’art que le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris vient d’acquérir, et dont la voix câline alterne avec celle d’un magnétophone. On met donc un place un jeu de renvoi entre deux sources sonores, l’une mécanique et l’autre animale, toutes deux étant plus ou moins symboles de la répétition, et des phrases prononcées sans qu’on en comprenne le sens.
Le perroquet est en effet un oiseau exotique – oiseau des îles disait-on à une époque - aux couleurs vives, et qui a cette aptitude toute particulière à reproduire des sons qu’il entend. Ce peut donc être des sons divers, issus de la nature, de l’industrie, de la vie humaine ou autre, mais surtout, des sons du langage. Le perroquet sait imiter, reproduire. Ca ne veut pas dire évidemment qu’il sait parler, même si, de façon toute mécanique, on lui enseigne à prononcer telle ou telle phrase, à un moment qui la rend pertinente : « Bonsoir Jojo ! » quand son maître rentre, si son maître s’appelle Jojo bien sûr.
Pourquoi un perroquet ? Au moyen âge, on les appelait des papegauts, ou des papegais. On retrouve cette racine dans le nom propre Papageno, personnage de la Flûte Enchantée de Mozart, sur un livret de Shikaneder, Papageno étant oiseleur.
Mais souvent on a appelé ces oiseaux d’un sobriquet, d’un nom propre. Le papegai a donc été Pierre, Pierrot, puis Parroquet et pour finir Perroquet. Et ce nom propre est resté, et a même supplanté le papegai.
Le procédé est courant : on a la même chose à propos de la pie qu’on appelle Margot. Et la pie partage un peu les caractéristiques du perroquet : elle parle tout le temps. Mais elle est davantage représentative d’un bavardage ininterrompue que d’une répétition insensée. Perroquet est du masculin. Pie est du féminin. On voit bien là, une fois de plus, un signe particulièrement anti féminin. Le bavardage qui vous fait bourdonner la tête, c’est censé être une pratique des femmes. Mais la répétition mécanique est Dieu merci, masculine. Ce n’est pas que le perroquet n’ait pas son féminin : c’est la perruche, le perroquet féminisé. Mais la perruche n’est pas connue pour répéter. Elle dit des sottises plutôt. En tout cas, c’est sa réputation, qui hélas, de nouveau, va asseoir cette idée que les femmes en disent plus que les hommes...


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